
Bilindi, le 1/02/30
Mon bien cher papa,
Merci de ton aimable mot ajouté à la lettre de Luce et de la carte collective du jour de la St.-Nicolas que je reçois à l’instant.
Je suis heureux de savoir tout le monde, petits et grands, contents et bien portants ; tout le monde, sauf toi pourtant.
Tu me rassures bien et je crois aisément que ce n’est rien de grave, mais il ne faudrait pas non plus traiter à la légère cet affaiblissement général.
Que tu perdes quelques dents et même un peu de tes forces de vingt ans, cela n’a rien que de très naturel après la vie si active et si pleine de soucis que tu mènes depuis pas mal d’années en somme. Ce sont des petits signes qui te rappellent, moins agréablement, hélas, que tes petits enfants, que tu es grand-papa .
Il n’y a pas de quoi s’effrayer et j’aime à croire que ton moral n’en est pas atteint. Seulement, il faut absolument que tu te ménages et que tu te soignes et cela me rend un peu inquiet, même un peu beaucoup, car j’ai bien peur que tu ne sauras pas assez brider ton inlassable activité et que tu ne prendras pas assez de repos.
Je prie Dieu, mon cher papa, pour que les prochains courriers puissent me donner de toi, comme de tous, de tout à fait bonnes nouvelles.
J’espère que le printemps qui vient t’aura vite rendu (si pas toutes tes dents !) du moins toutes tes forces.




