Déclaration portant qualification de la traite des Africains
réduits en esclavage et de l’esclavage racialisé des Africains,
de plus grave crime contre l’humanité

Il ne vous aura pas échappé que le 25 mars 2026, l’assemblée plénière de l’ONU a adopté la résolution A80/L48 « Déclaration portant qualification de la traite des Africains réduits en esclavage et de l’esclavage racialisé des Africains de plus grave crime contre l’humanité ».
De prime abord, on peut s’étonner que ce texte ne concerne que la traite Transatlantique c’est-à-dire la traite occidentale/européenne entre le XVe et le XIXe siècle.
C’est faire l’impasse sur les autres traites qui ont si péniblement marqué l’histoire de l’humanité et qui ont, chacune, dépassé largement en nombre de victimes la traite atlantique.
Déjà, comme l’avait avoué Christiane TAUBIRA dans l’Express après le vote la loi éponyme reconnaissant comme crime contre l’humanité la traite atlantique et celle de l’Océan Indien (10 mai 2001) : « Il ne faut pas trop évoquer la traite négrière arabo-musulmane pour que les jeunes arabes ne portent pas sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des arabes ».
COMME QUOI LES VRAIS COLONISATEURS NE SONT PAS
QUE CEUX QUE L’ON CROIT !
Il faut en effet bien distinguer parmi les différentes traites, les 3 grandes traites négrières :
- Les traites orientale et transsaharienne (arabo-musulmane).
Elles ont perduré 13 siècles, du 7ème siècle au début du XXème siècle (même si les premières mentions apparaissent dès les 1er et 2ème siècle avec des esclaves déplacés de la côte somalienne vers l’Égypte).
La traite orientale ou arabo-musulmane a utilisé les voies commerciales des empires arabe puis Ottoman : traversée du Sahara, de la Méditerranée, de la mer Noire, de la mer Rouge par le Nil et le long de la côte africaine de l’Océan Indien. Elle sera organisée à grande échelle en direction du Moyen-Orient, du Maghreb et de la péninsule arabique.

Les acteurs principaux sont les sultanats arables, les marchands musulmans d’Afrique du Nord et d’Arabie, puis le sultanat de Zanzibar. Arabes, Indiens, Swahili et autres Africains islamisés en furent les principaux acteurs, surtout dans la deuxième moitié du XIXe siècle.
Le nombre de victimes estimées est de +- 15,5 millions de déportés sur 13 siècles (chiffre hypothétique et controversé, faute de sources vérifiables).
- La traite atlantique (occidentale/européenne)
Elle a été organisée par les européens du XVIème au XIXème siècle (90% des esclaves africains déportés vers les colonies européennes l’ont été sur 110 ans, entre 1740 et 1850).
La destination de cette traite sont les colonies des Antilles, d’Amérique et des îles de l’Océan Indien.

Les acteurs principaux sont, d’un côté, les rois et intermédiaires africains et, du côté européen, le Portugal puis l’Espagne, les Pays-Bas, la France, l’Angleterre et, par après, les Etats-Unis. Le commerce triangulaire en est la base de fonctionnement.
Le nombre de victimes estimé est de +- 12 millions de déportés ( d’après certains, 13 à 17 millions si l’on inclut les importantes pertes durant le transport).
- La traite intra-africaine.
Elle fut parallèle au deux autres, essentiellement du XVème au XIXème siècle.
Les exportations massives d’esclaves engendrées par la demande des réseaux intercontinentaux furent un terreau favorable à l’extension d’un système d’oppression qui était préexistant, alimentant une économie de guerre et de vastes mouvements migratoires et déséquilibres entre peuples razziés et peuples razzieurs.

Les acteurs principaux ont été les royaumes et chefs de guerre africains alimentant les réseaux de vente par leurs razzias.
Le nombre de victimes estimé est de +- 14 millions, soit la moitié des esclaves exportés par les deux autres traites, occidentale et orientale. (A noter que cette traite est partiellement incluse dans les 2 précédentes).

Le plus grave crime contre l’humanité
Malgré ces chiffres, la déclaration adoptée à l’ONU le 25 mars 2026 spécifie en son point 2 que la traite atlantique constitue « le plus grave crime contre l’humanité ».
Outre que la définition officielle du crime contre l’humanité exclut toute hiérarchie, il faut considérer la thèse de l’historien sénégalais Tidiane N’Diaye qui, dans son remarquable livre « Le génocide voilé » , qualifie de génocide la traite arabo-musulmane. Les esclaves africains débarqués par les arabes étaient en majorité systématiquement castrés ou séparés de leurs famille. Il est avéré que ces esclaves n’ont laissé aucune descendance (contrairement aux esclaves américains dont des millions sont aujourd’hui vivants.
ESCLAVAGE RACIALISÉ
Autre point d’étonnement, le point 1 de la déclaration fait état de « l’esclavage racialisé des Africains ». Il est pourtant manifeste que ce sont essentiellement des africains qui ont vendu leurs frères aux arabes et aux européens et leur rôle central dans la capture et la logistique est patent.
Aussi, il faut savoir que cette déclaration onusienne a été adoptée par 123 voix pour, 3 contre et 52 abstentions soit une majorité de 69%.
Le journaliste et écrivain Jean QUATREMER fait remarquer que sur les 193 membres de l’ONU, le « sud global » représente 67% de l’assemblée (22 membres de la Ligue Arabe, 57 membres de l’Organisation de la Coopération Islamique et +- 50 pays africains).
L’issue du vote ne fait aucun doute et Jean Quatremer n’hésite pas à qualifier l’ONU de « forum de l’idéologie anti-occidentale », contraire aux grands principes initiaux de cette organisation. Comme l’écrit Pascal Bruckner dans son livre « Un coupable presque parfait », « l’Occident est le coupable idéal » !
Certes, comme disait Churchill, « la démocratie est le pire des régimes – à l’exception de tous les autres » et on ne se risquera pas à entrer dans le problème de la composition du comité permanent de l’ONU et du droit de veto accordé à ses 5 membres (les vainqueurs de la seconde guerre mondiale).

Outre la répartition des votes et sans entrer dans le détail des votes pays par pays, il est aussi très intéressant de se pencher davantage sur les motivations de ces différents votes.
- les 52 abstentions viennent principalement du bloc occidental : U.E., Royaume-uni, Canada, Australie, Nouvelle Zélande, Japon, Corée du Sud et Turquie.
Sachant que ce vote n’a aucune valeur contraignante, leur motivation concerne principalement :
- une prudence quant à une qualification juridique rétroactive ( non rétroactivité du droit pénal international ) et la crainte d’implications en matière de réparations internationales.
Les point 6 et 7 de la déclaration ONU ouvrent la voie à la « réparation de torts » ( https://news.un.org/fr/story/2026/03/1158618 ) et le point 9 demande la restitution des biens culturels, objets d’art, pièces de musée, archives coloniales etc… - La catégorisation des crimes contre l’humanité contraire à la codification d’après Nuremberg et au Traité de Rome de 1998.
- L’absence de mécanisme juridictionnel associé (pas de cour compétente désignée) et non compétence de l’Assemblée Générale de l’ONU.
Concernant la Belgique, tout en ne s’opposant pas à la dimension mémorielle, sa position relève d’un ensemble de facteurs juridiques et politico-institutionnels. Il y a risque de réouverture du contentieux colonial de par sa responsabilité historique. La crainte qu’une qualification internationale renforcée de l’esclavage comme crime contre l’humanité n’ouvre la voie à un renforcement du cadre normatif des réparations et à une base argumentative pour des actions politiques ou judiciaires futures. La Belgique entend aussi s’aligner sur le positionnement institutionnel européen (reconnaissance historique déclaratoire sans création de précédents juridiquement exploitables).
- Les 3 votes contre viennent des USA, Israël et l’Argentine.
- Les 123 votes pour viennent de tout le sud global + Afrique, Caraïbes et la majorité de l’Asie.
Il est à remarquer que parmi les pays ayant voté pour, certains ont cependant exprimé quelques désaccords :
Par exemple, le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont affirmé une volonté de conserver une approche pluraliste des traites (atlantique, arabo-musulmane, intra-africaine).
L’Afrique de l’Est et la Corne de l’Afrique (Éthiopie et Soudan) ont dénoncé la non-considération de la traite orientale et aussi refusé que la traite atlantique soir hiérarchisée comme « crime suprême ».
Le monde arabe (Egypte, Algérie, Arabie Saoudite) veut préserver une lecture historique n’isolant pas la responsabilité européenne mais elle veut aussi éviter une mise en cause indirecte de la traite arabo-musulmane.
En Asie, L’Inde et l’Indonésie soutiennent le principe général de ne pas hiérarchiser entre colonialisme, esclavage, génocides et autres crimes historiques.
En résumé, on peut voir l’opposition entre deux doctrines :
- La hiérarchisation et la singularisation de la traite atlantique établissant un fondement moral et juridique pour des réparations.
- Refus de toute hiérarchie entre crimes historiques internationaux et approche systémique de toutes les traites (atlantique, orientale, intra-africaine, Océan Indien).
L’ABOLITION DE L’ESCLAVAGE ? C’ÉTAIT QUAND ?

A ce stade, il n’est peut-être pas inutile de rappeler les grandes dates de l’abolition de l’esclavage . C’est surprenant !

ET NON, L’ESCLAVAGE N’A PAS DISPARU !
Tout d’abord, il faut signaler qu’il existe un pays ou l’esclavage est encore massivement pratiqué (alors qu’il en a banni l’usage en 1981 et l’a criminalisé en 2007) : La Mauritanie.
Sinon, il faut distinguer diverses formes d’esclavage moderne :
1 – L’esclavage quasi-institutionnel d’État.
- CORÉE DU NORD
Le Bureau des droits de l’homme de l’ONU détaille comment les habitants sont « contrôlés et exploités par un vaste système de travail forcé à plusieurs niveaux ». Après l’école ou le service militaire, chaque Nord-Coréen est affecté à un lieu de travail par l’État. Ces personnes sont contraintes de travailler dans des conditions intolérables, sans être rémunérées, sans avoir le choix, sans pouvoir partir, sous surveillance constante.
Le GLOBAL SLAVERY INDEX lui attribue le taux le plus élevé au monde : 104,6 personnes en situation d’esclavage moderne pour 1 000 habitants. - ERYTHRÉE
C’est le second pays le plus touché avec un taux de 90,3 pour 1 000 habitants, en raison d’un service militaire national illimité (parfois 20 ans) assimilé à du travail forcé d’État. - CHINE
Selon l’Institut de politique stratégique australien, pas moins de 80 000 Ouïghours ont été déplacés de force du Xinjiang et utilisés pour le travail forcé dans au moins 27 usines.
2- L’esclavage héréditaire persistant (Afrique sahélienne)
- MAURITANIE
Malgré son abolition par trois fois (en 1905, en 1981 et en 2007), l’esclavage persiste en Mauritanie. L’esclavage concerne environ 43 000 personnes, soit 1,2 % de la population. Il concerne en premier lieu les Haratines, qui travaillent encore en partie comme esclaves pour les « Maures blancs ».
Le taux est 32 pour 1 000 habitants - Des situations analogues d’esclavage héréditaire persistent aussi au MALI, au NIGER et au TCHAD, dans certaines communautés nomades ou rurales.
3- L’esclavage moderne diffus (travail forcé, kafala, traite)
Selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT), 50 millions de personnes vivaient dans l’esclavage moderne en 2021, dont 28 millions soumises au travail forcé et 22 millions piégées dans un mariage forcé. Ce nombre a augmenté de 10 millions par rapport à 2016. L’esclavage moderne est présent dans presque tous les pays du monde.
- SYSTÈME DE LA KAFALA (Golfe Persique)
la « kafala » — tutelle sans filiation — limite drastiquement les droits des travailleurs migrants. Des millions de domestiques asiatiques et africains se retrouvent en situation de dépendance totale vis-à-vis de leur employeur. l’Arabie saoudite et les Émirats Arabes Unis figurent parmi les 10 pays les plus touchés. Le taux est entre 10 et 15 pour 1 000 habitants - SERVITUDE POUR DETTE (Inde, Pakistan, Népal)
La servitude pour dette est théoriquement abolie dans le monde entier, mais cette pratique reste généralisée dans certaines régions. L’Inde l’a abolie en 1975, le Pakistan en 1992, mais ces législations demeurent peu appliquées.
Taux en Inde : +- 8 pour 1 000 habitants (cela représente 11 millions de personnes).
Pour en terminer et être complet, il faut mentionner les formes assimilables à de l’esclavage dans notre monde occidental.
La Mondialisation et les crises successives ont accentué des formes modernes d’esclavage. On entre ici dans un clivage intellectuel et politique :
- Les libéraux qui objectent que tant qu’il n’y a pas de coercition physique directe, on ne peut pas parler d’esclavage. La liberté contractuelle, même imparfaite reste une liberté.
- Les progressistes répondent que la liberté se mesure à l’absence de domination, c’est-à-dire l’impossibilité pour autrui d’interférer arbitrairement dans votre vie. Un salarié précaire dominé par un employeur qui peut le congédier du jour au lendemain sans motif est dans une situation de domination, même s’il n’est pas physiquement contraint.

Le » précariat » , nouvelle classe sociale se caractérise par la combinaison d’une insécurité totale (zéro protection) avec la responsabilité juridique du salarié :
Ainsi Amazon, par exemple, a-t-il été condamné à diverses reprises en Europe pour des conditions de travail inacceptables : cadence imposée par algorithme, pauses minutées, surveillance constante, course aux statistiques de performance.
D’autres ( Uber, Deliveroo) ont créé une nouvelle catégorie de travailleurs formellement indépendants (sans droits et avantages sociaux) mais pratiquement dépendants d’un algorithme contrôlant leur accès au travail, fixant les tarifs unilatéralement et pouvant être « désactivés » sans recours.
Il faut aussi mentionner que le surendettement des ménages crée des situations où l’individu travaille essentiellement pour rembourser ses dettes et n’a aucune marge de liberté réelle.
Les difficultés financières des États entraînent des privatisations forcées, coupes dans les services publics, ouverture des marchés au bénéfice des plus nantis, le tout provoquant un accroissement radical des personnes précarisées. Ce sont des pratiques qui, auparavant , étaient réservées aux pays du sud, ajustements structurels contraignants imposés par le FMI ou la Banque Mondiale et qualifiées par certains de « néo-colonialisme financier ».
Les autres formes d’assimilation à l’esclavage dans nos sociétés concernent aussi :
- L’exploitation sexuelle et la prostitution forcée.
- Le travail clandestin ou le travail forcé de personnes recrutées illégalement avec souvent confiscation de leurs documents d’identité. (agriculture, construction, domesticité, restauration, manufactures, services de livraison). L’immigration en est la source principale.
En savoir plus
Le texte intégral de la résolution A80/L48 « Déclaration portant qualification de la traite des Africains réduits en esclavage et de l’esclavage racialisé des Africains de plus grave crime contre l’humanité » :
https://docs.un.org/fr/A/80/L.48
Esclavage: le Secrétaire général appelle à honorer les victimes de la traite transatlantique « non seulement par nos paroles, mais par nos actes » :
https://press.un.org/fr/2026/sgsm23064.doc.htm
Aimé Cesaire – Discours sur le colonialisme :
https://www.larevuedesressources.org/IMG/pdf/CESAIRE.pdf
LE CODE NOIR. Édit du Roi sur les esclaves des îles de l’Amérique (1680):
https://classiques.uqam.ca/collection_documents/louis_XIV_roi_de_France/code_noir/code_noir.pdf
https://www.assemblee-nationale.fr/histoire/esclavage/code-noir.pdf
Abbé Grégoire, De la littérature des nègres (1808) :
https://archive.org/details/delalittraturede00grgo
Olivier Pétré-Grenouilleau, Les Traites négrières : Essai d’histoire globale (2004) :
https://excerpts.numilog.com/books/9782070339020.pdf
Frederick Douglass, La Vie de Frederick Douglass, esclave américain, écrite par lui-même (1845) :
https://desexil.com/wp-content/uploads/2021/04/Me%CC%81moires-dun-esclave-BasseDef.pdf
Loi Taubira – le texte :
https://maisondelanegritude.fr/images/texte_de_la_loi_taubira_21_mai_2001_7e7f-a3b0.pdf
Loi Taubira – Rapport sur le projet de loi :
https://www.senat.fr/rap/l99-262/l99-2621.pdf
Condorcet – Réflexions sur l’esclavage des Nègres :
https://classiques.uqam.ca/classiques/condorcet/reflexions_esclavage_negres/condorcet_reflexions_esclavage.pdf
Définition du crime contre l’Humanité :
https://shs.cairn.info/revue-humanisme-2006-2-page-38?lang=fr
https://www.legal-tools.org/doc/512713/pdf/ (page 73)
7 vérités sur l’esclavage arabo-musulman qu’on n’apprend pas à l’école :
https://www.nofi.media/2025/10/7-verites-lesclavage-arabo-musulman/97845
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