Lettre 6




Mushubahi, le 11 avril 28.                                      
St Léon !                                      


Ma bien chère Mother,                                                                                                                                                          

J’ai écrit à papa le 8, jour de Pâques et fête du Roi … et quoique c’est sa fête aujourd’hui, c’est à toi que j’envoie un petit mot pour te remercier de ton affectueuse lettre du 13/2 et aussi pour prouver que je suis en pensée au milieu de vous en ce jour de fête.

Le deuil de la chère bonne maman vient, cette année, attrister bien fort ces fêtes de famille et surtout tante Luce (tante maternelle) doit se trouver bien seule. Heureusement, comme tu le dis, nous avons la consolation de savoir qu’après son heureuse vieillesse, elle repose maintenant dans l’éternité bienheureuse. Je ne l’oublie pas dans mes prières et je suis persuadé que Là-Haut, où elle a retrouvé ma chère maman et bonne maman Haulet, elle intercède pour moi auprès de Dieu.

Je t’ai déjà écrit, ma chère mother, quel bon souvenir je garde des jours passés en famille pendant mon congé ; et je suis content de n’avoir pas laissé à la maison l’impression d’être un insupportable congolais. La séparation a été pénible, mais cependant je suis content et heureux ici ; tout en espérant avoir encore de nombreuses bonnes journées à passer tous ensemble.

Je suis heureux d’avoir de bonnes nouvelles des écoliers et des deux petits (tout-petits !). Mon grand ami Dédé doit changer à vue d’œil et blaguer comme un vieux maintenant..
Quant à Alice, je n’ai pas de récente lettre de Tensette, mais j’espère qu’il en viendra bientôt et de bonnes nouvelles ; Tensette a l’air de mieux se plaire qu’au 1er terme, surtout si la petite se porte bien, cela ira ; elle me disait que cela lui avait été plus dur de partir la 2ème que la 1ère fois.

Si Nic. ( son beau-frère, mari de Tensette ) a beaucoup d’ouvrage, il devait s’y attendre et ne doit pas s’en plaindre ; il est reparti, il savait ce qui en était … Pour l’Union Minière ( Katanga ) , un ingénieur n’est pas un seigneur et, si on le paye gros, il faut aussi qu’il travaille et c’est juste. Il ne faut pas regarder Nic. avec les yeux de Mme Laurenty. Je souhaite même qu’il se dégoûte de l’U.M. pour de bon … c’est peu charitable mais il n’avait qu’à laisser Tensette et bébé en Europe ; quoique, après tout, il vaut encore mieux pour tout le monde qu’il soit content ;.. je radote. Cependant, quand je compare le ménage Tensette et Nic. et celui de Marie et Ferdinand … il n’y a pas à hésiter pour savoir celui qui  « l’a meilleur » !

J’ai été fort étonné d’apprendre les fiançailles de Germaine ( de Creeft ). Comme, à tort ou à raison, elle n’avait pas l’air des plus heureuses à Terpoorten, je pense que c’est ce qui pouvait arriver de meilleur pour elle et lui souhaite sincèrement d’être heureuse. Elle est, malgré son air maussade, une bien gentille fille et son fiancé n’est pas volé. Voilà la série ouverte à Terpoorten ; à quand le tour de Marties ?

Je suis pour le moment à un signal avec l’aspirant Elissen, notre nouveau cartographe que je mets au courant ; nous sommes dans les nuages et pour la St. Léon, il fait peu gai, en attendant le soleil.
Dimanche prochain, je compte être à Kagbayi où je dois retrouver le major, voir Monseigneur Classe et faire mes Pâques. De là, nous irons à Kigali.

Je pense avoir oublié, dans ma lettre à papa, de parler de la note qu’il a reçue de l’assurance de Bruxelles, dit-il dans sa carte. Je pense que c’est l’assurance de mes bagages Bruxelles – Dar-Es-Salaam ; je me souviens qu’on ne m’avait pas envoyé la note de l’Américan-Express. Une centaine de francs sans doute.
J’espère, ma chère mother, que tu es un peu remise des émotions que t’a causées la perte de la chère bonne maman et que ta santé ne laisse pas de s’améliorer.

Un courrier est arrivé hier, mais il n’y avait que la publication de l’Abbé Salée, envoyée par papa, comme courrier d’Europe ; et j’espère que je puis croire que « pas de nouvelles » veut dire « bonnes nouvelles » de toi.
Je n’ai encore que jeté un coup d’œil sur les notes de l’Abbé Salée ; cela m’a l’air fort intéressant, en tous cas ; il parle de régions que je connais très bien. Merci au chanoine, qui a sans doute envoyé cela à papa et merci à papa, qui me l’a envoyé !
Il y a, là-dedans, des théories qui renversent ce qui était généralement admis jusqu’ici. Je vais lire cela attentivement et ça intéressera aussi le major Hoier.

Voilà, ma chère mother, assez pour cette fois. A bientôt une prochaine lettre.
Je te charge de mille affectueux baisers pour toute la famille, surtout pour la maison et pour rue Wazon ( Marie et Ferdinand ), et le curé ( Charles ) !
Bonne fête à mon cher papa et mes meilleurs baisers ; bonne santé à tous, spécialement à toi. Espérant encore de longues lettres et … fréquentes, je t’embrasse bien tendrement, comme je t’aime.

Léon                                      



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