Lettre 24




En route, le 13/09/29

                       Ma bien chère mother,

Mille fois merci de ta bonne longue lettre de fin juillet.

Oui, le pauvre petit Dédé en a eu des misères ! Espérons qu’elles sont terminées pour de bon …

Et voilà tout le monde en vacances. J’aime à croire qu’elles ont été fort agréables pour tous.
Quel pays que le nôtre ! On gèle, et quelques temps après, on fond … ou sont-ce les belges qui ne sont jamais contents ??
La rue Léon Mignon ne doit pas être un paradis pendant les chaleurs. J’espère, qu’à la mer, il y avait un peu plus d’air …

Heureusement que tu as deux grandes jeunes filles pour t’aider. Tu as bien droit à avoir la vie un peu plus facile ! Pourvu que Suzanne profite aussi bien de tes leçons que Lucie !

Depuis ma dernière lettre, j’ai été fort occupé. J’ai visité deux cartographes pour vérifier leur travail, et j’ai fait un séjour au camp de base pour voir comment cela marchait là-bas et pour régler, sur place, différentes questions avec les autorité de Bukavu.
Il y avait surtout la question du camp de base, dont la construction n’avançait pas. Le chef d’escorte n’est pas un as … je l’ai secoué un peu. Sa maison d’habitation est terminée et est, en même temps, le magasin pour tout le matériel, les vivres etc.. . Il reste à construire un magasin en pisé et des logements convenables pour les soldats de l’escorte.

Ensuite, coïncidait avec mon passage là-bas, l’arrivée de la nouvelle que le C.N.Ki (Comité national du Kivu) ne finançait plus la mission. J’ai dû arranger toutes les questions finances avec le Commissaire de district. Je suis enchanté de ce changement – nous n’avons, comme par le passé, plus rien à voir qu’avec l’Etat. C’est toujours désagréable d’être plus ou moins dépendant d’une société ; cette société fut-elle un gros organisme comme le C.N.Ki.

Encore, j’ai eu les rapports et autres paperasses à envoyer au ministère et au gouverneur et au Commandant des troupes coloniales … toutes choses dont je me souciais fort peu quand le major était ici !
Je n’ai pas à me plaindre de mon passage à Bukavu. J’ai été bien reçu partout.

J’ai été invité chez le Commissaire de District, Le Docte , un vieux colonial et très brave homme. Sa femme, une personne très bien, plus toute jeune, m’a dit être originaire du Mont St.-Martin et cousine des de Lamotte … elle a, en tout cas, l’accent et la façon de parler de la famille ! Ils ont un petit garçon de 2 ou 3 ans – ils ne sont pas de vieux mariés.
Ce soir-là, par suite d’un malentendu, et le commissaire ne pouvant me reconduire en auto à cause d’un pont démoli sur la route, j’ai fait, vers minuit, le trajet de Bukavu au camp (qui se trouve à 7 km) à pied par une obscurité complète … et avec des bottes ! Avec des bottes, car j’étais venu à cheval à Bukavu… et le brave Bangi avait fait sensation … Bukavu est un sale patelin ; il y a trop peu et trop d’européens et trop de rastas. On a peur de saluer les gens car beaucoup ne daignent pas vous répondre … et du haut de Bangi, je les écrasais de mon mépris !!

Ce n’est pas à Bukavu mais à Goma, plus tard en 1930, mais on comprend bien ce que Léon veut dire…

Le ravitaillement est arrivé, mais est bien inférieur en qualité et quantité à ceux que nous recevions jadis. Enfin, il fait tout de même plaisir.

Je viens de recevoir un mot de van den Berg, arrivé avant-hier à Bukavu. Il m’attend là-bas et me dit qu’il y a de nouvelles instructions en route pour les travaux.
Je serai content de le revoir, mais je dois attendre un peu. Il y a huit jours, j’ai quitté Bukavu pour la région de Nguadu. Les clartés et les pluies sont revenues et je voulais en profiter pour terminer cette région. Il ne reste plus beaucoup à faire et quand j’aurai vu jusqu’où nous devons aller (le pays de plateaux cesse vite pour la forêt à l’ouest et, au sud, une région terriblement accidentée), je laisserai Hermans terminer et irai voir le « vieux Jean ».

Je n’ai plus eu de nouvelles du major depuis Dar-es-Salaam. Il doit être au Danemark sans doute. Grethe m’écrivait que sa mère et elle allaient à sa rencontre à Bruxelles et que, probablement, ils y reviendraient s’y fixer après l’été.

J’ai revu mon brave Philibert ces jours derniers ; il fait du « bon service » avec Elissen et se porte comme un charme. Je le reprendrai bientôt pour aller dans la Ruzizi.

Et voilà toutes les menues nouvelles. Il fait bon et frais ici et il n’y a que trop d’air … le vent est terrible.
Ma bien chère mother, encore merci de ta bonne lettre ; j’espère avoir encore de très bonnes nouvelles de tous par le prochain courrier (avec photos et récits des vacances !!).
Mille baisers à tous les frères et sœurs, aux tout-petits, à tante Maria, à tante Lucie et oncle Maurice et à oncle Fernand si tu as l’occasion de le voir « battre sa flemme » quelque part.
Bien des choses à toute la famille et connaissances.
Je t’embrasse, ainsi que mon cher papa, bien fort et affectueusement.

                          Léon



Et si on chantait ?
C’est un mâle – Frehel

La pub de l'époque


2 réponses sur “Lettre 24”

  1. Je lis le livre : Leopold ll de l auteur Johan op de Beeck . À la page 544 il mentionne “le manuel du voyageur et du résident au Congo” .Grâce à votre site j ai pus trouver le texte . Merci

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.