Lettre 4




Rusengese, le 25 mars 1928.



                                    Mon cher papa, ma chère mother,

Je suis sur une copette ( sommet, cime en wallon liégeois ) entourée de nuages, il pleut et il vente ; au hasard des idées, je vais un peu bavarder avec vous, racontant pêle-mêle des nouvelles des T.O. peu intéressantes peut-être, mais les seules que je connaisse.

Je ne pense pas vous avoir écrit longuement depuis mon arrivée à Usa – commençons par là. Je fus reçu là-bas par le brave administrateur Coulon, dont j’ai souvent parlé (et qui rentre fin de terme et de carrière) et par le commandant des troupes T.O. Duvivier (ancien de Kigali).
A Usa, on se déplace en moto ou en auto … en moto donc on me conduit chez le Lieutenant Colonel Pieren, ex-chef de Mission de Délimitation et maintenant, directeur de société commerciale et minière. Je fus très bien reçu et fus heureux de retrouver Black, le vieux chien de Vandenberg, oublié à Albertville et recueilli par des amis …

Avec le Colonel Pieren, nous avons beaucoup parlé « mission » – c’est avec lui que j’avais été chassé les zèbres et antilopes au Kisorka en 1924 et c’est lui que j’ai remplacé à la mission en ’26.
Il a maintenant une très belle situation. Après les découvertes d’étain dans le Kisorka – nous avions marché là, sans le savoir, dans des millions de cassitérite ! – il a été délégué de la Banque de Bruxelles pour les concessions. Comme il connaissait bien la région, il a mené la chose très bien. Il y a eu des contestations avec d’autres sociétés, notamment la Forminière, mais, à présent, un syndicat minier s’est formé, avec à la base un arrangement qui contente tout le monde. Le Colonel Pieren rentre bientôt en Europe et restera à la tête de l’affaire pour ce qui concerne les rapports avec le Gouvernement. Sa fortune est assurée !
Ces gisements miniers du Nord Est du Rwanda sont dans la partie cédée à la Belgique par les anglais en 1923. Les anglais, pour cette fois, se sont fait roulés ! quoique ce fut un droit et qu’on ignorait la présence de l’étain à cette époque.
L’exploitation commencera bientôt et fera grand bien au pays, surtout pour la main-d’œuvre car des milliers de Banyarwanda allaient travailler périodiquement chez les anglais ; et aussi parce que les T.O. , qui n’ont jamais rien rapporté et qui n’avaient comme richesses que le bétail et la population, vont avoir une ressource peu ordinaire.

Le trafic du minerai se fera malheureusement sans doute par chez les anglais, car les routes rejoignant le lac Victoria à Nyanza, routes automobiles, sont déjà faites et, de là, il y a le chemin de fer jusqu’à la mer : Mombasa. Ce sera cependant un tort, et la chute d’Usumbura.

Aussi, essaie-t-on de trouver une route directe : Kisaka – Yabibu – Kigali-Nyanza-Butare-Usumbura par la forêt et la vallée de la Ruzizi. Pour le moment, il n’existe qu’une route très longue et qui ne peut pas être qualifiée de « route automobile » par Rwamagana – Gakibu – Kigali – Kabgayi – Butare- Ngozi – Kitega – Usumbura. Cette route fait des détours formidables ; elle est au moins 1/3 trop longue et le transport reviendrait trop cher, surtout qu’à Usa, il y a encore le lac, puis le chemin de fer ( mais chemin de fer avec bases belges aux extrémités ) Kigoma – Dar-es-Salam, pour arriver à la mer. On va cependant tâcher de faire la concurrence par ce côté, au point de vue national plus favorable ; et, au pire, pour ne pas que les anglais, ayant la seule voie d’accès par la mer, ne puissent nous mettre le couteau sur le gorge.

La région des mines était à peu près complètement cartographiée ; ce qui a facilité rudement la tâche des concessionnaires et de l’Etat ; et ce qui a gagné beaucoup de partisans à la « mission » ; plusieurs personnes m’ont dit : « Si nous n’avions pas eu la carte, nous ne nous serions pas tirés d’affaires ! ».
Il manque une partie du lac Mohasi entre Kigali et Gakibu, que nous ferons le plus tôt possible.
Outre le Syndicat Minier pour les mines d’étain, il y a plusieurs sociétés aux T.O. Entre autres, une près du lac Kivu pour la culture des arbres résineux et des arbres à tanin ; et une compagnie cotonnière dans la région d’Usumbura et la vallée de la Ruzizi. Cette dernière est formée par les députés Mathieu, Anseele et le Boerenbond ;.. les prolétaires organisés en capitalistes ! Il y a aussi nombre de petits colons qui débordent de l’autre côté du lac Kivu. L’autre rive du lac Kivu est pleine de colons, jusque déjà très loin à l’intérieur. Il y a les groupes de Ligne, Lippens, van Crombrugge, etc… et des italiens, des belges, de toutes sortes …
Avec la Minière des Grands Lacs, qui a la propriété du sous-sol dans la chaîne de montagnes voisines, ces groupements agricoles vont former un Comité Spécial du Kivu, où le Gouvernement sera pour une bonne part et qui fonctionnera à peu près comme le Comité Spécial du Katanga. J’ai déjà pensé que comme topographe, il y aura peut-être, d’ici quelque temps – temps rapproché – une bonne place pour moi là dedans .. mais n’anticipons pas.
J’en ai déjà parlé à M. Maury et à plusieurs « légumes »,mais je mets beaucoup de conditions, dont celle de rester à l’active à l’Armée Belge. Ce qui me sourit là dedans, ce sont des termes d’un an et demi au lieu de 3 !

Il y a encore au lac Kivu, l’architecte Jaspar qui cherche les emplacements pour les Grand Hôtel Européen s’inspirant des beautés du lac, pour construire des palaces « assortis » à Uvira, Bukavu, Kisegnyi, etc … et former quelque part une nouvelle Héliopolis.
Prévoyant déjà que les milliardaires, las du Caire, iront chercher plus au cœur de l’Afrique le lieu de villégiature up-to-date ! Ils viendront, paraît-il, en avion du Caire en remontant le Nil et la suite des lacs africains, pour venir se baigner dans le Kivu et fox-trotter entre une ascension de volcan et une chasse au gorille … (apprivoisé !). Est-ce un avenir si lointain ? Peut-être que non !

En attendant, il n’y a encore rien de fort changé aux T.O.
Il y a bien des automobiles, mais il n’y a qu’une route où elles s’aventurent Usa-Kitega ; la majorité même se contentant de tourner en rond dans les postes d’Usa ou de Kitega.
Enfin, il y a progrès car, il y a trois ans, les motos étaient rares et, au Ruanda, elles sont encore peu nombreuses.
Si les routes suivent, on pourra bientôt supprimer le plus gros du portage.

Un poste qui se développe très fort, à cause du transit et des colons du Kivu, c’est Uvira, port sur le Tanganyka en face d’Usumbura et où j’ai séjourné en fin 1925.
Il y avait alors un administrateur et un commerçant et quelques colons au Nord, colons fort tranquilles.
A présent, il y a toute une petite ville, on aménage le port, il y a des autos qui font le transport Uvira-Bukavu (sur le lac Kivu et chef-lieu du district) vers la région des colons.
On ne reconnaît plus Uvira.
Bref, le pays se développe peu à peu ; ce ne sont pas encore les cités champignons américaines, ni même le Katanga … mais on commence.
Un bazar qui n’avance pas, c’est la nouvelle capitale des T.O. …Astrida !
Astrida … je n’ai vu que Butare, l’ancien Butare. Il y a bien en plus quelques hangars, un camp de la F.P. ( Force Publique ) en paille, un camp des T.P. (travaux publics).
Sept petites maisons en briques sèches et … provisoires pour l’ingénieur, conducteur des travaux, menuisier, charpentier, etc… qui doivent construire et puis rien !
Si, un formidable bazar pousse de terre, une « Kolossale » résidence pour le gouverneur mais en briques sèches et « provisoire» évidemment ! Enfin, il paraît qu’Astrida se fera tout de même et que l’on amènera l’eau des montagnes, à coups de millions, qu’on plantera des millions d’eucalyptus pour couper le vent souvent trop violent et que ce sera un petit paradis .. en tous cas à 1750 m, il ne fait pas malsain. Et Viva Astrida ;.. qui vivra te verra !

Lors de mon passage à Usa, je suis allé chez le Gouverneur trois fois. Lui-même et sa femme ont été fort aimables… Madame m’envoie des journaux anglais et de la confiture ;.. le Gouverneur est fort porté pour la mission et a fait et fera tout son possible pour que nos demandes obtiennent satisfaction au ministère.
Il rentrera en congé fin d’année, mais le résident de l’Urundi rentre aussi … et c’est lui qui avait proposé, comme f.f. de gouverneur, toutes les suppressions. Il ne pourra donc plus nous jouer le même tour.

Je suis passé en remontant vers le Nord, par l’ancienne route, ou à peu près, que j’avais faite comme première caravane en 1924 d’Usa à Kigali. Je suis passé en plus à Muramvia, sinon Ngozi, Butare, Nyanza et Kabgayi.
A Kabgayi, la tour de l’église est achevée. J’ai été revoir le séminaire, c’est bizarre de voir tous ces gamins noirs causer français (de les entendre plutôt !). Je suis aussi passé à une nouvelle mission près de Muramvia : Bukeye. Les pères, dont un que je connaissais du terme passé, s’installent en pays païen. En 4 mois, ils ont une maison convenable pour eux, un morceau de chapelle, un magnifique potager en plein rendement, des espaces de forêts d’eucalyptus et des milliers de caféiers à venir… Beaucoup de colons pourraient prendre exemple sur eux.

A Nyanza, j’ai revu le vieux singe de Musinga. Plus laid que jamais, on est heureusement en train de lui enlever tout ce qui lui reste de puissance. On va lui construire un « palais » en briques, et là, il pourra régner, mais entre les murs ! Pourvu qu’on ne tarde plus trop car sa mauvaise influence se fait encore sentir.

A Nyanza aussi, j’ai revu le vieux chef Sebagangali, qui m’avait accompagné en forêt. Il était tout content de me revoir et ça m’a fait plaisir aussi. Pauvre vieux, il a été malade et ne vivra plus longtemps.

Un autre chef Bishinga qui, auparavant, était saoul du matin au soir, sale et abruti, m’a rudement surpris. Je lui ai dit « bonjour Bishinga » machinalement, mais sitôt après, je me suis dit « mais ce n’est pas Bishinga, c’est son fils ! » C’était bien lui … mais il ne boit plus, est propre (relativement) et paraît rajeuni de 10 ans au moins. L’administrateur qui avait obtenu ce résultat en était très fier ;.. surtout que c’est un grand chef et que l’administration du pays s’en ressent.

Plusieurs grands chefs ont été invités par l’Union Minière (qui recrute ici du personnel) à faire un tour au Katanga. On les a promenés partout et on leur a montré une masse de choses. Ils sont revenus émerveillés mais ils disent qu’ils ont vu trop de choses pour les retenir … ils ont appris à manger à l’européenne, à porter des souliers et ont tous « attrapé » la malaria … pauvres noirs et pauvre U.M., comme propagande pour le recrutement des travailleurs, ce n’est pas fameux que les chefs reviennent tous malades du Katanga !

Mon séjour à Usumbura, toujours en visite, et à Bagatelle, toujours dans les caisses, puis ce voyage sans rien faire que des étapes fixées, sur des routes, et des soirées assez longues avec les résidents des postes ou d’autres personnes rencontrées dans les gîtes d’étapes, m’avaient fort fatigué.
Malgré le plaisir de rencontrer d’anciennes connaissances, c’était toujours la vie désoeuvrée fort semblable au voyage Marseille-Usa et fort déjetée.

Je fus très heureux de retrouver les signaux, les montagnes, les ennuis et les charmes de la vie de brousse. Je retrouvai le major Hoier il y a huit jours, en un lieu typique, où les nègres sont rares et encore non habillés, et où l’on est maître après Dieu et … le vent ! Une de ces belles copettes d’ancienne forêt, fougères, 2650 m, vent, pluie, froid, horizon splendide. Je retombais dans mon élément ; dans une drache épouvantable, j’arrivais au-dessus où le major m’attendait devant un brasero et entouré dans une robe de chambre !

Le major Hoier n’a pas perdu son temps pendant mon congé, à part le temps où Madame et Grethe étaient encore ici – peut-être ! Il a « reconnu » et presque tout mesuré la 3ème transversale partant du Kivu au Kisaka.
Le départ de Madame Hoier, et surtout de Grethe, lui avait causé beaucoup de peine. Et il reproche un peu à Madame d’être venue pour si peu de temps. Il prétend qu’elle n’était que mieux portante depuis qu’elle était arrivée aux T.O. – que c’est toujours ainsi … elle lui écrit maintenant qu’elle regrette l’Afrique et quand elle est en Afrique, elle regrette l’Europe … « J’ai renoncé depuis longtemps à comprendre la femme, dit le major, et surtout à comprendre la mienne ! »
De fait, ce voyage a été beaucoup critiqué partout, car cela a coûté fort cher au gouvernement. Les médecins ont dit à Madame Hoier qu’elle ne pouvait plus revenir en Afrique sous aucun prétexte.
Le major, qui aime l’Afrique et a peur de ne pas savoir se réhabituer à l’Europe, où il n’a d’ailleurs pas de situation, ne sait pas se décider à quitter. Contrairement à ce que je pensais, il ne quittera pas cette année. Il dit que ce qui lui fait surtout de la peine, c’est la séparation ; surtout parce qu’il voit que cela cause beaucoup de chagrin à Grethe. Alors, il préfère rester ici jusque l’année prochaine, il aura alors ses 18 ans de service effectif et pourra prendre sa pension complète et tâchera de se refaire à l’Europe. Tandis que s’il rentrait maintenant, il devrait encore se séparer une fois des siens et ça lui en coûterait trop.
C’est cela qu’il dit ; mais au fond, je pense qu’il tient trop à l’Afrique et aux T.O. et tient à y rester le plus longtemps possible.

Comme il a toujours été et est encore on ne peut plus aimable avec moi, je ne suis aucunement contrarié dans mes projets (Monsieur Maury peut-être bien !) et je suis même content.
S’il partait, je deviendrais chef de mission et aurais de l’avancement et serais un peu plus en vue ;.. mais, comme maintenant, j’ai beaucoup d’ennuis en moins et un ami en plus. Ce qui pourrait arriver, c’est que, en apprenant cela, M. Maury le désigne pour une autre mission ou me désigne, moi, pour ailleurs. Cela changerait la question, mais je ne pense pas que cela arrivera. A moins que la situation ne se prolonge trop longtemps.
Car, la triangulation des T.O. sera terminée complètement cette année, je pense. Il reste les calculs de la 3ème transversale, une chaîne de raccord du Kivu au Tanganyka et des réseaux secondaires à établir par-ci par-là.
Pour la cartographie, il reste beaucoup. Il n’y avait plus qu’un cartographe et encore a-t-il été fort malade et fort paresseux pendant mon congé. Nous allons en recevoir 2 nouveaux mais il faudra les dresser ; et peut-être ne conviendront-ils pas car on ne devient pas cartographe sans avoir certaines dispositions.
D’un autre côté, ni le major, ni moi n’avons envie de nous mettre à la cartographie pour longtemps … mais d’ici l’an prochain, il y aura du changement sans doute.

Le ravitaillement va être rétabli et nous avons du matériel en suffisance, surtout que j’ai fait envoyer et suis venu avec un tas de choses.

Pour le moment, je suis en train de mesurer aux derniers signaux de la chaîne, aux environs du lac Kivu sur la rive Est. Les indigènes d’ici sont plutôt des Bakiga, gens travailleurs et grands coupeurs de forêt, qui a presque entièrement disparue ici, alors qu’on voit très bien que tout a été boisé. Ces gens ont beaucoup moins le caractère esclave que ceux de l’intérieur et sont plus intéressants et … difficiles à conduire !
Nous laisserons l’île Idjwi et le Sud du lac pour plus tard et d’ici une quinzaine irons calculer à Kisenyi, la belle plage du Kivu, ou à Kigali, chef-lieu du Ruanda et ma première résidence, où je ne suis pas encore retourné depuis 25. Il paraît qu’on nous attend là-bas et que nous avons, parmi les nouvelles constructions, deux chambres réservées ! J’ai encore pas mal de connaissances là-bas, surtout le commissaire du district Coubeau, grand ami du major Hoier, et avec lequel je suis toujours resté en relations assez intimes. Je dois retrouver le major Hoier d’ici quelques jour pour décider ;.. la presque totalité des mesures sera alors terminée.

L’autre jour, j’ai reçu une boîte de dragées … de notre adjudant chef d’escorte, à l’occasion de la naissance du bébé, qui l’empêchait de faire son service quand j’avais besoin de lui à Usa. Ce n’est pas un mauvais type, mais il est bête et naïf au possible. En recevant ses lettres, qui sont toujours fort longues pour ne rien dire, nous rions le major et moi parfois aux larmes … tant il y a des fautes et tant c’est bête.
Il écrit par exemple « M. X est « passer » … nous l’avons reçu, car « s »’est un brave type et je vous le dis franchement et « ardiment », il pourra nous rendre service plus tard » etc.

Je suis très content ici, content d’avoir repris mon ancienne vie. J’ai repris mon théodolite, mes carnets, mes montagnes, la tente et Philibert. J’ai retrouvé des vieux jass et d’anciens porteurs permanents, ça commence à marcher. Quand j’aurai de bons boys, j’aurai de nouveau une caravane modèle !
Il me manque encore quelques histoires par ci, par là … surtout une cuisinière portative et un cuisinier !

Je suis justement revenu en pleine saison des pluies et sur des hautes montagnes; au début, ce froid et ces douches vous font regretter un peu le confort d’un toit et, de temps en temps, je pense que je ne serais pas plus mal dans un poste, avec une bonne maison, et … une femme ! mais ça passe, car partout on a ses ennuis et le soleil revient et fin ?… sont parties ces tristes pensées.
Je pense aussi souvent au congé et au foyer où il faisait si bon vivre, mais ça, ce n’est pas pour le regretter – pourquoi des regrets – c’est plutôt des souvenirs réconfortants.
Bref, je suis très heureux ici et, s’il n’y avait pas ce bon congé auquel je pense souvent et qui me laisse de si bons souvenirs de vie de famille et de vous tous, c’est comme si je n’avais pas quitté.

Voilà ici ma même tente, ou à peu près, les caisses dans le même ordre, une montagne, des huttes, un signal … Il fait clair ; à l’Est, une immense étendue de plateaux ; au Nord, les volcans ; au Sud, les hautes montagnes de la 2ème chaîne, de vieilles connaissances à l’Ouest, le lac Kivu … je suis chez moi !

La même laide et sympathique tête de mon soldat préféré vient me dire que les rations sont prêtes … c’est la même vie, mais heureusement, en brousse, ce n’est jamais la même chose !
Et voilà 5h30 et je griffonne depuis 3h je crois … peut-être avant. Peu importe, j’ai terminé ici et attends mes porteurs pour demain seulement. Je profite de ce demi-congé pour bavarder longuement, je crois que pour du bavardage en voilà assez … l’écriture s’en ressent … et je devrais encore écrire à Tensette une petite tartine aussi … je pense bien souvent à elle et à Alice et Nico. Heureusement, elle paraît mieux se plaire qu’au terme passé … comme c’est dommage que nous ne pouvons nous voir de temps en temps !

Je ne vais pas écrire par ce courrier à toute la famille et connaissances, le temps me manque et j’ai épuisé tout ce que je pourrais raconter.

Une litanie de grosses baises et d’affectueux souvenirs à toute la famille et à toutes les connaissances. J’espère avoir bientôt de bonnes nouvelles de tous. Mille baisers à Marie, Ferdinand, Dédé et Monique, à l’abbé ( son frère Charles ), à Nite ( son frère Maurice ) et Albert, Luce, Didine ( sa sœur Suzanne) et Jimmy ; à tante Maria ( tante paternelle ) , à Heusy ( tante maternelle ) , affectueux souvenir aux de Lamotte ( belle-famille de sa soeur Marie ), Ghysens ( cousins du côté maternel ), Hustinx, Fossoul, …

Mes plus affectueux pour vous, mon cher papa et ma chère mother.


                              Votre bien affectionné,
                              Léon

P.S. J’ai reçu quelques photos du major, je les enverrai sous peu car il faut que j’augmente ma collection. Il y a des magnifiques photos du Kivu, des volcans et aussi de types noirs et de scènes de vie indigène à prendre ! Courage, mon major !


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La question de la nationalité au Kivu

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Jass est un terme désignant les soldats (simples soldats) belges de la guerre 14-18 tout comme «poilu» en France» ou «tommy» en Angleterre. On rencontre aussi les termes "piou-piou" et «piotte».
Ce terme, que Léon utilise à plusieurs reprises, nous a intrigué Charles et moi-même et c’est l’ami Google qui nous a sauvé la mise (assez péniblement…).

Jass, qui se prononce «yass» vient du flamand et signifie «veste, manteau». Il s’agirait d’une référence au long manteau d’uniforme de nos soldats de la grande guerre.
Il y a au moins trois ouvrages reprenant ce terme dans leur titre :
- «J’ai vu ! Les misères de nos jass au front» de A. Van Dijck
- «Notre jass de 1914, le soldat belge, par un officier de troupe» par le Général Remes
- «Enfant de jass» sous la direction de M. Gossieaux
Il existe aussi une carte postale montrant le Manneken-Pis en costume de Jass.

On peut toujours voir à Arlon un monument au soldat belge de la grande guerre dénommé «Le jass» (https://be-monumen.be/patrimoine-belge/gaspar-jean/)

Un mémoire universitaire évoque la procédure de désignation du «jass inconnu» et les cérémonies qui s’ensuivirent. (https://www.memoireonline.com/01/14/8532/m_Les-commemorations-du-11-novembre-en-Belgique-francophone-pendant-l-entre-deux-guerres-Les-cas-de27.html)

Enfin, une chanson célébrant les jasses atteste que ce terme concerne tant les soldats wallons que flamands :
Qu'était-ce avant que le canon
Ne gronde à Boncelle, à Barchon,
Qu'un Jasse ?
On répétait sur tous les tons :
« Ce n'est qu'un soldat de carton. »
Le Jasse.
Mais tout à coup il a prouvé
Que ce carton était blindé
Le Jasse ;
Et quand il vous dit « Halte-là »,
On ne passe pas au delà.
A moins d'y laisser sa carcasse.
Le Jasse.

(http://www.1914-1918.be/chansons_du_front.php)

Le théodolite est un instrument optique de géodésie. Il mesure les angles dans les plans horizontaux et verticaux et sert aux mesures de triangulation (mesures des angles d’un triangle).

C’est une lunette montée sur les deux axes (vertical et horizontal) dont chaque axe est équipé d’un cercle gradué afin de lire les angles.

Calé horizontalement sur un trépied à la verticale d’un point dont on connait les coordonées, il sert en topographie à relever l’angle entre deux repères visuels.

Kisenyi est l’ancienne orthographe de GISENYI, ville balnéaire du Rwanda sur les rives du Lac Kivu et d’ailleurs rebaptisée depuis 2006 RUBARU.

Goma et Kisenyi sont voisines à cheval sur la frontière Congo-Rwanda et au pied du volcan NYIRAGONGO.

L’Ile IDJWI, d’une superficie de 285 km2 se trouve sur le Lac Kivu entre le Congo auquel elle appartient et le Rwanda, face aux villes de Goma et Bukavu. C’est, en taille, la seconde île lacustre d’Afrique.

L’île Idjwi fournit des briques et d’excellentes bananes, à la base du fameux KIFUKAMA (haricot et bananes) et de la bière AMAVU G’AKASIGISI (banane et sorgho).

Cette île a la particularité d’avoir été très peu touchée par les troubles ethniques des années 90 et constitue un havre de paix.


migration de Bakiga

Les Bakiga (un mukiga, des Bakiga) appartiennent au peuple Kiga, bantous vivants au sud-ouest de l’Ouganda et au nord du Rwanda dans la région de Kigezi.
Ils ont fait l’objet de déplacements de population en 1949, 1968 et 1992 au risque actuel d’affrontements communautaires.

Bakiga people


L’UNION MINIERE DU HAUT KATANGA (UMHK) a été fondée le 28 octobre 1906 par :
• Le Comité Spécial du Katanga (association E.I.C Etat Indépendant du Congo et Compagnie du Katanga (privé)
• La TANGANYKA Concessions Limited (GB)
• La Société Générale de Belgique, à l’instigation de Léopold II

Après bien des difficultés techniques, de logistique et rivalités avec les anglais (qui au départ détenaient 50%), le premier lingot de cuivre fut coulé en 1911 mais il fallut attendre 1925 pour que l’exploitation soit stable.

L’Union est alors dans les cinq premiers producteurs mondiaux de cuivre et le 1er producteur de cobalt et radium dont l’extraction est associée à celle du cuivre.
Parallèlement, la découverte du site uranifère d’une richesse exceptionnelle (teneur jusqu’à 60%) de Shinkolobwe fait de l’Union Minière la 1ère productrice d’uranium via sa raffinerie d’Hoboken.

A l’approche de la guerre de 1940, l’Administrateur Sengier entreprend de mettre à l’abri d’importantes quantités de minerai d’uranium et en fait expédier encore plus aux Etats Unis. Elles serviront au Projet Manhattan de construction des bombes atomiques dont celle larguée sur Hiroshima mettant fin à la guerre avec le Japon.

L’après-guerre fut une époque de grande prospérité. La capital passe de 300 millions à 3 milliards.

En 1960, date de l’indépendance du Congo, l’UMHK devient une société anonyme de droit belge. Par son soutien (non avoué) à l’indépendance katangaise, l’Union Minière traverse une période houleuse vis a vis des autorités congolaises jusqu’à la nationalisation décrétée par Mobutu en 1967 par le transfert de propriété à la Générale congolaise des mines (Gecomin).

L’Union Minière n’est cependant pas morte, se diversifie tous azimut, se réorganise à plusieurs reprises pour devenir en 2001 Umicore.

Source : Mémoires du congo - Industries minières

Au Rwanda, sous l’autorité du Mwami, existaient des «armées». Il ne s’agit pas d’une organisation purement militaire mais plutôt d’une corporation de type féodal ayant des droits et des devoirs d’ordre social.

Chaque armée recevait un nom et avait une section de combattants et une section de pasteurs. Toutes les vaches que possédaient les membres d’une armée sociale formaient une «armée bovine» qui recevait un nom.
Réglementées et hiérarchisées, ces armées liées à la parentèle devaient avoir l’agrément du roi. Les chefs étaient désignés et révocables

Une de celles-ci, l’armée Nyaruguru réclama la destitution de son chef Rwamanywa au profit du chef Sebagangali dont parle Léon dans sa lettre.

Le chef d’une armée pouvait avoir des intérêts dans des armées différentes, c’est ainsi que le chef Sebagangali, fils de Runanira (sous-chef à Kiramuruzi, au Buganza), a été pasteur en chef du troupeau Izamuje (les sveltes) de l’armée bovine Ingeyo (blanc de colobe), et pasteur en chef du troupeau Ntagishika (pas d’inquiétude) de l’armée bovine umuhozi (le vengeur).

https://amateka.net/rw/le-code-militaire-du-rwanda-precolonial-art1-a-38/

Musinga (1883-1944) était le fils du Mwami (Roi) Kigeli IV. A la mort de ce dernier en 1895, c’est son premier fils le prince Rutalindwa qui fut intronisé sous le nom de Mibambwe II avant d’être rapidement assassiné par sa belle-mère Kanjogera afin de placer son demi-frère Musinga sur le trône sous le nom de Yuhi V en 1896.

Confronté à la colonisation allemande, il s’en accommoda relativement tandis que les relations avec les premiers missionnaires furent vite tendues. Cet état de fait empira sous le régime de la Colonie belge qui outrepassa le mandat de la SDN (mission de civilisation basée sur un système d’administration indirecte) en appuyant directement l’action des pères blancs.

Refusant de se convertir, le Mwami Yuhi V fut renversé en 1931 par un coup d’état organisé par le gouverneur du Ruanda-Urundi et le vicaire apostolique Monseigneur Classe sous l’accusation «d’égoïsme et lubricité» et ce afin de mettre sur le trône le prince Charles Rudahigwa, avant-dernier roi sous le nom de Mutara III.

Musinga fut alors exilé à Kilembwe au Congo Belge où il décéda le 13 janvier 1944. Vraisemblablement assassiné, son corps ne fut jamais retrouvé…

Selon Wikipedia ou l’Encyclopedia Britannica, la ville d’Astrida a été fondée en 1920 en hommage à la Reine Astrid.

D’après Léon il s’agissait en fait de la ville de Butare, nom qui a donc été officiellement repris en 1962 après l’indépendance du Rwanda.

Butare dispose d’un aéroport et d’une université (2013).

Jean MAURY (1880-1953) était Ingénieur en chef et Directeur du Service Cartographique et Géodésique du Ministère des Colonies.

Diplômé de l’École Royale Militaire en 1898, il entre à l’École d’Application de l’Artillerie et du Génie, passe en 1903 au régiment du Génie puis à la Force Publique et est attaché au territoire de la Ruzizi-Kivu en tant que lieutenant en 1905.

En 1909 il démissionne pour entamer une carrière administrative au Ministère des Colonies qu’il entame en participant à la Mission de délimitation Kivu-Ufumbiro pour finir Directeur en 1924.

Il est le père de la géodésie congolaise. Il laisse un ouvrage sur la Triangulation du Congo Oriental publié en 1934. L’extrait illustré ci-dessus mentionne le Lieutenant HAULET comme un des dirigeants de la Mission Cartographique du Ruanda-Urundi et du Kivu.

Répondant à l’appel de Léopold II, le baron EMPAIN (il ne fut baron qu’en 1907) crée en 1902 la C.F.L. Compagnie des Chemins de Fer du Congo Supérieur aux Grands Lacs Africains dans le but de relier le Lac Albert à Stanleyville d’une part et le fleuve Congo à Nyangwwe au Lac Tanganyika d’autre part.
En contrepartie, la C.F.L. a reçu un domaine foncier et un domaine minier dont l’exploitation est confiée à une filiale créée en 1923 : la C.M.L., Compagnie Minière des Grands Lacs.
En 1929, le domaine minier fut soumis à la prospection publique dont la gestion fut confiée à un Comité Minier dirigé par des représentants de la Colonie et des C.F.L.
Plusieurs sociétés minières concessionnaires furent crées à l’instigation de la M.G.L. dont, en 1937 la MIRUDI (Cie Minière au Ruanda-Urundi).

La Compagnie des Grands Lacs a participé activement avec la Colonie et d’autres souscripteurs dont le Boerenbond au Comité National du Kivu, organisme paraétatique créé en 1928 à l’initiative du ministre des Colonies Henri Jaspar en vue d’assurer le développement de la région.

Importante force chrétienne en Flandre, le Boerenbond (ligue des paysans) est à l’origine (1890) une structure de défense des droits et intérêts sociaux, économiques et religieux des paysans.

Le Boerenbond a investi dans divers secteurs dont le secteur minier africain dont parle avec ironie notre Léon.

De nos jours, il représente toujours la bourgeoisie catholique flamande et est actif dans l’enseignement professionnel en agriculture, la politique, l’agro-alimentaire (AVEVE), les assurances (ABB) ainsi que le secteur bancaire (CERA, KBC, CENTEA).

Les BANYARWANDAS constituent une des tribus du groupe ethnique Bantou.
Alors que le Congo comporte près de 300 tribus, les Banyaruandas forment la seule tribu du Rwanda, divisée en trois castes : les TUTSIS (14%, propriétaires de bétail), les HUTUS (85%, agriculteurs) et TWAS (1%, ouvriers et domestiques).

En 1936, un décret du gouverneur général du Congo belge crée la Mission d’immigration banyarwanda (MIB) qui organise une migration de banyarwandas vers le nord Kivu afin de suppléer aux besoins de travailleurs dans les mines et plantations.
La famine au Rwanda (1949) a accru cette immigration.

Les tensions politiques et ethniques qui n’ont cessé de toucher le Rwanda et le Burundi après l’indépendance ont provoqué des vagues de migration vers le Congo dont principalement celle organisée entre 1962 et 1964 par la Croix-Rouge internationale et le Haut-Commissariat pour les réfugiés.
Depuis la situation n’a fait que dramatiquement empiré.

La Cassitérite (SnO2), du grec ancien κασσίτερος, est un minéral dont on extrait l’étain. Combiné avec le cuivre il forme le bronze, utilisé depuis l’antiquité (Age du bronze).

Elle est exploitée principalement dans la zone de Rutongo au nord de Kigali.
Avec Le tungstène et le tantale, le minerai d’étain (tin) fait partie des 3TGs, ensemble de matériaux cruciaux pour l’industrie électronique et est, à ce titre, aujourd’hui âprement convoité dans la région et source d'exploitation sociale et de conflits armés.