Lettre 11




Katshubhu, le 27 juillet 1928

                          Mon bien cher papa, ma bien chère mother,

Je pense que je vous ai quittés, il y a 15 jours, à la rivière Mobimbi ; je vais vous conter mon voyage dans l’île d’Idjwi.

J’attendais à la Mobimbi le steamer ( ?), mais pas de bateau le mardi, ni le mercredi matin. J’avais des pirogues dont plusieurs fort grandes et vers 9h la … flottille se mit en route. Il y avait 6 grandes pirogues pour moi, mon personnel et mes bagages (sauf Philibert et le palefrenier envoyés m’attendre à Kalehe), plus 2 grandes pirogues pour le chef Biglimani qui voulait absolument m’accompagner … ça faisait 8 embarcations avec une soixantaine de pagayeurs. Moi-même, j’avais une grande pirogue de 11 pagayeurs et on allait bon train. Heureusement car nous étions partis tard et il y a 5 heures de traversée, dont 3h ½ très loin de la rive.

Vers 13h ½, on s’arrêta à la petite île de Ndagambwa et à 15h 1/2 , nous accostions au Nord de l’île Idjwi, au poste à bois du steamer : Kihumba. Il était temps, car le lac devenait très mauvais. Le « capitaine » du steamer avait accosté là le matin, et était parti à Kisenyi, comptant me prendre le jeudi à la Mobimbi … Il paraît qu’il ma cherché pendant deux heures à la rive le jeudi … il aura juré ! moi, j’étais déjà à Moganzu, à 1h ½ de Kihumba et sur une crête, en train de construire le signal.
La population d’Idjwi est un ramassis de toutes sortes. Tous les indésirables des rives du Kivu se sont, depuis longue date, donné rendez-vous là-bas. Il y a des Bas … (illisible), des Banyabongo, des Bahavu et beaucoup de Banyawas. On y parle tous les dialectes du Kivu, mais surtout le kinyarwanda dans le Nord et le Bashi dans le Sud, avec certaines différences.
Les gens sont encore peu soumis au chef et à l’européen. Cela découle de leur origine même et du pays qui est  ….(illisible)

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Lettre 10




La Molimbi, le 10 juillet 1928.

                                                                              Mon bien cher papa, ma très chère mother,



En attendant le bateau qui doit me transporter d’ici à l’île Idjwi, je vais bavarder un peu avec vous et vous conter quelques détails sur mon voyage depuis que j’ai quitté Kigali, après mon long séjour là-bas avec le major Hoier et l’ami Coubeau.
Je fis le même voyage qu’en avril 1925 … un peu plus confortablement à cause de Philibert !
1ère étape Frimera avec la montée du Djari.

2ème étape Munyachima : on passe, à moitié chemin, au pied de la mission de Rulindo ( Pères Blancs ) et on entre en territoire de Ruhengeri en passant le pont en briques de la Basse. Le gîte est joli et très confortable : maison en briques et tuiles, légumes et fraises au potager du gîte ; c’est la même chose au gîte d’Akimondo, où l’on arrive le 3ème jour, après la grimpette et la redescente du Mont Kabuye ?
De là, on a, en saison des pluies, une vue splendide sur les volcans, mais maintenant on ne voyait pas à 10 km tant les brumes sont fortes. Il pleut cependant beaucoup dans cette région qui, du fait, est très prospère et ne connaît jamais la disette.
Les habitants (des Balera) sont difficiles à conduire, mais solides et travailleurs … autant que peut être un nègre !

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Lettre 9




Kisenyi, le 4/7/28

                                                                           Ma bien chère mother,

Je comptais écrire une longue longue lettre avec quelques détails sur mon « safari » de Kigali à ici et les changements de Kisenyi et environs depuis avril 1925, lors de mon premier passage.

Mais voilà que l’on m’annonce un départ de courrier et que, ce soir, je dois partir en pirogue pour l’autre côté du Lac à Kateruzi (baie de Sake) ; je remets donc la tartine à quelques jours, car je veux absolument qu’arrivent à temps mes vœux les plus sincères et les plus affectueux d’heureuse fête pour toi !

C’est toujours avec plaisir que l’on voit revenir cette date à laquelle nous avons l’occasion de t’exprimer toute notre reconnaissance et toute notre affection. Je m’unis à tous, ma chère mother, pour prier Dieu de t’accorder ses grâces et ses bénédictions et pour crier « Vive notre chère maman, vive Ste Irma ! ».

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Lettre 8




Kigali, le 30 mai 1928


                                       Mon bien cher papa,

J’ai reçu, le jour de Pentecôte, la bonne carte collective du jour de Pâques. Merci beaucoup à tous pour leurs affectueux souvenirs et bons souhaits.

Je suis arrivé hier à Kigali, où j’ai retrouvé le major Hoier. Il me prie de le rappeler à votre souvenir. Sa femme et Grethe insistent tellement pour qu’il rentre, que je pense qu’il va se décider. Dans ce cas, il reviendrait encore pour deux ans, mais probablement plus ici.

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Lettre 7

Région Sangu, 20 mai 1928

                                                               Ma bien chère mother,



Ta bonne longue lettre avec toutes les petites nouvelles de la famille et de la maison m’a fait le plus grand plaisir.

Voilà donc Charles près de quitter Beverloo. Aura-t-il un congé avant de retourner au Séminaire ?
Je pense qu’il ne gardera pas un trop mauvais souvenir de son service militaire, qui ne fut pas trop dur et que coupèrent de nombreux petits congés !

J’espère que les résultats des écoliers auront été brillants et qu’il auront pensé à m’écrire pendant les vacances de Pâques ! Est-ce que le soleil a daigné se montrer pendant les vacances ?

D’après ce que papa et toi-même me dites de Dédé, il doit être bien intéressant et gentil et toujours le grand favori de tous !… surtout du grand-père ! Marie m’a promis de m’envoyer des photos des deux petits, je me réjouis d’en recevoir.

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Lettre 6




Mushubahi, le 11 avril 28.                                      
St Léon !                                      


Ma bien chère Mother,                                                                                                                                                          

J’ai écrit à papa le 8, jour de Pâques et fête du Roi … et quoique c’est sa fête aujourd’hui, c’est à toi que j’envoie un petit mot pour te remercier de ton affectueuse lettre du 13/2 et aussi pour prouver que je suis en pensée au milieu de vous en ce jour de fête.

Le deuil de la chère bonne maman vient, cette année, attrister bien fort ces fêtes de famille et surtout tante Luce (tante maternelle) doit se trouver bien seule. Heureusement, comme tu le dis, nous avons la consolation de savoir qu’après son heureuse vieillesse, elle repose maintenant dans l’éternité bienheureuse. Je ne l’oublie pas dans mes prières et je suis persuadé que Là-Haut, où elle a retrouvé ma chère maman et bonne maman Haulet, elle intercède pour moi auprès de Dieu.

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Lettre 5






Lac Kivu, Mushao. Pâques 1928

                                       Mon bien cher papa,

Merci de tout cœur à maman et à toi pour vos affectueuses missives. J’ai reçu en même temps les deux lettres et ta carte du 3/2.
J’ai été bien peiné d’apprendre le pauvre état de santé de mother et j’espère bien que le prochain courrier me rassurera, quoique tu me dises que ce n’est rien de grave.
De Tensette, plus de nouvelles depuis la première lettre reçue ici ; je suppose qu’elle attendait un mot de moi et que je recevrai une lettre par prochain courrier avec de bonnes nouvelles de maman et bébé. Évidemment, il est plus difficile d’élever un bébé sous les tropiques qu’en Europe ;.. mais tous les bébés ont leurs petites indispositions, je suppose que le gros bébé qu’est Alice se tirera très vite des petits malaises qu’elle a eus.

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Lettre 4




Rusengese, le 25 mars 1928.



                                    Mon cher papa, ma chère mother,

Je suis sur une copette ( sommet, cime en wallon liégeois ) entourée de nuages, il pleut et il vente ; au hasard des idées, je vais un peu bavarder avec vous, racontant pêle-mêle des nouvelles des T.O. peu intéressantes peut-être, mais les seules que je connaisse.

Je ne pense pas vous avoir écrit longuement depuis mon arrivée à Usa – commençons par là. Je fus reçu là-bas par le brave administrateur Coulon, dont j’ai souvent parlé (et qui rentre fin de terme et de carrière) et par le commandant des troupes T.O. Duvivier (ancien de Kigali).
A Usa, on se déplace en moto ou en auto … en moto donc on me conduit chez le Lieutenant Colonel Pieren, ex-chef de Mission de Délimitation et maintenant, directeur de société commerciale et minière. Je fus très bien reçu et fus heureux de retrouver Black, le vieux chien de Vandenberg, oublié à Albertville et recueilli par des amis …

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Lettre 3




                              Muramvya, 29 février 28


                    Mon bien cher papa,

Me voilà en route. Je suis resté quelques jours à Usumbura pour les courses, visites officielles, etc.. J’ai retrouvé pas mal de vieilles connaissances dont le Lieutenant Colonel Pieren chez qui j’ai logé et pris mes repas en dehors des autres invitations.

Le 20, je suis grimpé à Bagatelle, notre camp de base pour organiser ma caravane et prendre ce dont j’avais besoin. Le chef d’escorte avait sa femme nouvellement accouchée à l’hôpital d’Usumbura et faisait la navette, ce qui m’a retardé.

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Lettre 2





Dar-es-Salam, le 8 février 1928


                                       Mon cher papa, ma chère mother,

Me voici à Dar-Es-Salaam. C’est un four en cette saison. Nous avons débarqué avant hier, tout s’est bien passé ; nous avons évité le débarquement à Zanzibar qui n’avait rien d’agréable, car nous aurions dû y séjourner jusque vendredi prochain en attendant le petit steamer qui fait le voyage en six heures Zanzibar – Dar-Es-Salaam, et ce, dans un hôtel peu confortable.

Ici, l’hôtel est bien, mais on ne sait où se fourrer pour ne pas mijoter dans son jus … la nuit surtout est insupportable, on ne s’endort qu’au matin.

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Lettre 1




S.S. Général Voyron
En mer

Bien chers papa et mother

Nous voguons … le voyage s’annonce très bien. La mer est fort calme et le bateau aussi, nous approchons de Port Saïd … déjà !

A Paris, comme je l’ai écrit de Marseille, je suis arrivé à 13h, puis suis allé faire visite à Madame Laurenty (belle-mère de sa soeur Hortense). Elle allait très bien et n’avait pas de nouvelles spéciales de Tensette (sa sœur), Nicolas (son beau-frère) et bébé (Alice Laurenty) . J’ai rencontré là-bas le docteur Duyck, il ne compte plus retourner en Afrique et pense à se marier et s’installer en Normandie et, en attendant, concourt pour le prix de l’Académie de Médecine. Nous sommes allés voir Jean qui est installé magnifiquement à présent dans de vastes bureaux et magasins. C’est bien, mais c’est un fameux capital à amortir !

Il ne change pas et a l’air fort usé ; à 40 ans, ce sera un vieillard, s’il tient jusque là.

Le soir, j’ai soupé avec Duyck, un docteur français et sa dame que nous avions connus à bord d’ Azay le Rideau , très gentils tous les deux.

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Armes de la maison de Ligne
D'or à la bande de gueules.
Manteau de gueules, doublé d'hermine, sommé de la couronne de Prince du Saint-Empire.
Toison d'or au bas.


1925 - Le Mwami Musinga, la Reine-Mère Kanjogera
et Eugène Prince de Ligne.

Né en 1893, le Prince Eugène de Ligne (Eugène II) est, à la mort de son père Ernest de Ligne, le onzième prince de la lignée datant du XIe siècle. Diplômé en philosophie et lettres, il devient diplomate après la guerre 14-18.

Dans les années 20, il entreprend de reconnaître les voies terrestres entre la Belgique et le Congo, appuyé par le gouvernement belge (il est, avec sa femme, Philippine de Noailles, un passionné de voitures).
Il fonde avec son cousin Albert de Ligne et le roumain Georges Bibescu la société coloniale LINEA, active dans le secteur agricole et minier, les transports et la construction, principalement à l’île d’IDJWI. Ils fera notamment construire un hôpital et se distinguera par ses visées philanthropiques, assez peu appréciées sur le terrain à l’époque.
En 1947, de Ligne devient le 1er ambassadeur de la Belgique en Inde indépendante et se lie d'amitié avec Nehru et Mountbatten. En 1955 il devient ambassadeur en Espagne.
Il retourne à son cher Kivu début 1960 avant de décéder à Beloeil le 26 juin de la même année.


Il laisse des mémoires en deux tomes, riches d’histoires, anecdotes, impressions et réflexions fascinantes : La roue d’Açoka, ou le réveil de l’Asie vu du relais de Delhi, Brussel, M. Weissenbruch, 1959 et Africa, ou l’évolution d’un continent vue des volcans du Kivu, Brussel, Librairie Générale, 1961.


Le 24 juin 1975, Eugène et Philippine de Ligne ont été reconnus «Justes parmi les Nations»

Sources :
https://www.kaowarsom.be/fr/notices_de_ligne_prince_eugene
https://righteous.yadvashem.org/?searchType=righteous_only&language=en&itemId=4042715&ind=NaN

Alphonse Emile Marie CLAIRBOIS (1888-1931) partit pour sa première mission (cartographique) au Congo début 1914. Mobilisé, il combattit les allemands et gagna ses galons de sous-lieutenant en janvier 1916.
Son deuxième mandat, de 1918 à 1920, s’accomplit à la Force Publique dont il devint capitaine.
Lors du troisième mandat de 1921 à 1924, il prit le commandement de l’artillerie du fort de Shinkasa.
Le dernier mandat l’emmena à Usumbura toujours membre de la Force Publique.

Il entreprit ensuite une carrière civile en tant que Directeur Administrateur de la Linea (une des nombreuses sociétés fondées par le Prince Eugène de Ligne au Kivu et à l’île d’Idjwi).

Le Mwami Bahole fait partie de la 2éme dynastie Sibula régnant sur Buhavu (Kivu) . Bahole I (Nsibula III Kihunga) succède au Mwami Rushombo (Bamanyirwe III La Ntale) en 1928.
Cette seconde dynastie est le fruit d’un inceste, rejetée par la première, celle des Bahande.
Elle règne sur les Bashis.

Kilongozi (au pluriel bilongozi, vient du verbe swahili Kuongoza signifiant diriger) indique le surveillant des travaux. Durant la période coloniale, le kilongozi est un agent indigène chargé d’assister le sous-chef dans son travail. Il signifie aussi «chefs de porteurs» et est alors synonyme de niampara.
Kilongozi est par ailleurs une ville du Congo, province du Maniema.