Lettre 27




Masisi, le 24/11/1929

                             Mon bien cher papa,

Bien merci pour ton petit mot joint à la lettre de mother du 6 octobre. J’ai été bien triste d’apprendre que tu n’étais pas complètement bien portant et j’espère que tu es bien remis et ne souffres pas de l’hiver. Charles me dit que tu es très sévère pour les autres quand tu juges qu’ils ont besoin de repos, mais que tu ne te ménages pas toi-même. Je crois bien qu’il a un peu raison, mon cher papa, tu devrais ne pas te surmener et tâcher de prendre un peu plus de repos. Il y a, par exemple, des visites à Pierreuse et autres rues du même genre où il faut grimper et la rue et les étages que tu pourrais bien laisser à de plus jeunes.
Maintenant que les plus durs moments sont passés, tu devrais songer à te reposer un peu, au besoin à restreindre ta clientèle.

Oui, il vaut mieux laisser complètement tomber cette histoire avec Nicolas.
C’est déjà assez triste pour Tensette que ses discussions avec sa mère … singulier caractère ; il me semble qu’il lui serait si facile d’éviter tout ces tiraillements …

Voilà que j’ai perdu de vue la St.-Nicolas ! Il est fort tard pour y penser … heureusement, il y a les étrennes ou le père Noël. Veux-tu bien prélever de mon compte 1000 francs pour de petits cadeaux à tous, sans oublier les 3 petits ni les grands-parents !
Merci d’avance de bien vouloir t’occuper de cela.

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Lettre 26




En route, le 11/11/29
Armistice et St.-Martin !

                             Mon bien cher papa,

Mille fois merci de ton gentil mot joint à la lettre de Nite. Je répondrai à celui-ci très prochainement et écrirai aussi plus longuement.

Ce jour, surpris par l’urgence d’envoyer mon courrier à Sake pour l’arrivée du bateau (je m’éloigne vers l’intérieur), je t’envoie seulement un petit bonjour.

Comment va le pauvre oncle Louis ? Dans son état, la mort sera peut-être une délivrance – puisse-t-elle lui être douce. Oui, malgré tous ses torts, nous lui devons trop pour pouvoir l’oublier et j’ai toujours eu, malgré tout, de l’affection pour lui.

La rencontre des Cassidy a dû, en effet, réveiller pas mal de souvenirs et heureusement d’assez agréables – car, s’il n’y avait pas eu la guerre, nous aurions été tout à fait bien à Lancaster ; déjà malgré la guerre, nous n’y étions pas si mal !!
Tu vois quel « grand blanc » tu serais devenu … superintendant d’un County … ou de plusieurs – car, si Dr. Sephton, qui n’avait pas l’air d’un as, est devenu superintendant, quelle gloire attendait le B.L. !
Cependant, nous sommes mieux chez nous … ne trouves-tu pas ?
Les liégeois valent mieux que les anglais – même que les « patients » du County qui sont, peut-être, la partie la plus sympathique de leur population !

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Lettre 25




En route, le 28 octobre 1929.

                       Ma bien chère mother,

Ton affectueuse et longue lettre de fin août m’a causé un bien vif plaisir. Ne t’excuse pas du style qui, d’ailleurs, est très bien ! Tu sais combien j’aime tes lettres qui me parlent de si agréable façon de tout et de tous : tu passes « en revue » toute la famille et les connaissances et tu me contes les petits détails de la vie de « chez nous » et j’ai l’impression d’un long bavardage avec toi – rien ne m’est plus agréable. Surtout que les nouvelles sont bonnes !
Je suis si content de savoir que les vacances furent si réussies – il me semble que vous avez la spécialité de dénicher les « petits coins » bien tranquilles, bien propres et où l’on fait bonne chaire !
Avec le temps que vous avez eu, toute la bande n’aura pas eu le temps de s’ennuyer ! et je suis certain que cela t’aura fait plaisir de revoir un peu toute la famille.
J’espère que ces courtes vacances auront bien profité à tous, surtout à toi-même et à papa … l’ai salin n’a-t-il pas fait un peu maigrir tante Luce? Et l’oncle Maurice a-t-il pris de nombreux bains ? Le pauvre oncle Fernand a-t-il pu fumer quelques cigares ?
Voilà donc les querelles intestines rallumées chez les de Creeft – Fernand va faire des démarches pour être nommé marquis … et Adrien baron, ces titres leur iraient respectivement très bien ; du coup, les Peerois en feraient une maladie ! qu’ils n’auraient pas volée, en effet, singuliers procédés. Je n’ai plus eu de nouvelles de Loulou et ne savais pas qu’il était au pays – que va-t-il faire maintenant ? Voilà donc les vœux de Julia comblés – j’ai reçu un faire-part.

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Lettre 24




En route, le 13/09/29

                       Ma bien chère mother,

Mille fois merci de ta bonne longue lettre de fin juillet.

Oui, le pauvre petit Dédé en a eu des misères ! Espérons qu’elles sont terminées pour de bon …

Et voilà tout le monde en vacances. J’aime à croire qu’elles ont été fort agréables pour tous.
Quel pays que le nôtre ! On gèle, et quelques temps après, on fond … ou sont-ce les belges qui ne sont jamais contents ??
La rue Léon Mignon ne doit pas être un paradis pendant les chaleurs. J’espère, qu’à la mer, il y avait un peu plus d’air …

Heureusement que tu as deux grandes jeunes filles pour t’aider. Tu as bien droit à avoir la vie un peu plus facile ! Pourvu que Suzanne profite aussi bien de tes leçons que Lucie !

Depuis ma dernière lettre, j’ai été fort occupé. J’ai visité deux cartographes pour vérifier leur travail, et j’ai fait un séjour au camp de base pour voir comment cela marchait là-bas et pour régler, sur place, différentes questions avec les autorité de Bukavu.
Il y avait surtout la question du camp de base, dont la construction n’avançait pas. Le chef d’escorte n’est pas un as … je l’ai secoué un peu. Sa maison d’habitation est terminée et est, en même temps, le magasin pour tout le matériel, les vivres etc.. . Il reste à construire un magasin en pisé et des logements convenables pour les soldats de l’escorte.

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Lettre 23




Shangugu, 23/08/29

                        Mon bien cher papa,

Ta carte du 3/7 qui m’annonçait la bonne nouvelle de l’heureuse naissance de Marie-Monique m’a causé – faut-il le dire – une grande joie. Quel bonheur pour vous que cette naissance, surtout pour Marie et Ferdinand, pour mummy et toi-même ; elle vient vous consoler de la longue série d’épreuves du début de cette année. Dieu veuille qu’elle soit un des premiers d’une longue série d’événements heureux.

La lettre de Nite et son mot du 8 me sont parvenus par le même courrier. L’examen de Nite est un succès. Pour en admettre que 3 sur 10 à passer d’emblée, les examinateurs ne devaient pas être très « coulants » – puis, pour un premier examen, l’appréhension, le manque d’habitude, aussi la nouveauté des matières que l’on a dû assimiler ne doit pas laisser le malheureux étudiant en possession de tous ses moyens ! Le premier pas franchi avec succès, Nite aura certainement plus d’assurance et le fait d’être passé sans accroc lui sera un bon encouragement pour la seconde année.

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Lettre 22




En route, le 2 juillet 1929.

                       Ma bien chère mother,


Merci, en attendant la longue lettre promise, de ton affectueux petit mot sur la lettre d’Albert.

J’ai été content d’apprendre par elle de bonnes nouvelles de tous. Par le même courrier, m’arrivait une longue lettre de Tensette, qui semble bien contente à Champigny ; elle me parle surtout du « diable » qu’est Lilice – aussi un mot de Charles, pour me dire qu’il allait recevoir le sous- diaconat le 29/6 et j’ai reçu la lettre le 28 au soir. J’étais en pensée avec lui le jour de ses premiers vœux.

Je répondrai bientôt à la lettre d’Albert, mais je t’écris en route ce petit mot, ma chère mother, pour m’associer à toute la famille qui te fêtera le 15 août ; J’espère que, contrairement aux autres lettres, celle-ci se dépêchera un peu et arrivera à temps.
Dieu veuille, ma chère mother, t’accorder tous ses bienfaits – excellente santé et beaucoup de consolations et de satisfactions.

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Lettre 21




Tinyiro, le 23 juin 1929.

                         Mon bien cher papa,

Mille fois merci pour ta bonne longue lettre du 4 mai, reçue par le dernier courrier ; elle m’a fait le plus grand plaisir.

J’ai été content d’avoir l’adresse de Tensette – je connaissait la maison de Champigny, mais pas sa situation « postale » – Je lui envoie un petit mot pour lui rappeler que j’existe !

J’espère que Ferdinand est à présent complètement remis – oui, ce gentil ménage a bien des épreuves à supporter à présent – puissent-elles finir bientôt. Je pense souvent à Mimie, et souhaite de tout cœur que le Ciel lui rende une petite fille bientôt, sans trop de souffrances pour elle. Au fait, l’événement sera déjà passé quand tu recevras ces lignes – j’attendrai avec impatience de bonnes nouvelles.

Heureusement que tous les autres ont bien supporté le long hiver, mais tu dois t’être beaucoup fatigué pendant ces périodes de froid et de grippe et maman sans doute aussi – j’espère bien que vous allez prendre un bon mois de repos cet été dans un « petit coin tranquille » ! avec une petite rivière ! – Clervaux ou autre chose dans le même genre.
Cela vous a tant plu à tous et vous a fait tant de bien l’an passé, que j’espère que tu n’hésiteras pas à recommencer et à y rester un peu plus longtemps que l’année dernière.

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Lettre 20




Ile Idjwi, le 11 avril 1929.


                      Ma bien chère mother,

Inutile de te dire toute la peine que m’a causée la terrible nouvelle de la perte de la chère petite Monique.
Mais qu’est ma peine à côté de la douleur de Marie et Ferdinand ? Ils étaient si heureux et si confiants dans l’avenir – leur grande affection mutuelle et celle pour les leurs mises à part, toute leur vie se résumait en l’amour de leurs chers petits, qui étaient leur seule ambition et leur bonheur rayonnait tant, qu’à les voir on était heureux ! Le malheur les frappe bien cruellement dans ce qu’ils ont de plus cher.
Et qu’est ma peine, ma chère mother, à côté de la tienne et de celle de mon cher papa ! Ces petits sont toute votre joie et votre consolation – plus peut-être que vos propres enfants qui grandissent trop vite et ne se souviennent pas toujours assez de tout ce que vous avez fait pour eux.
J’avais tant de plaisir à voir pendant mon congé et à lire dans vos lettres combien ces petits réjouissent votre vie et vous consolent de vos peines.

Mon Dieu ! C’est trop de malheurs pour vous. Après les tristes émotions que vous a données la malheureuse Tensette et après tant d’autres épreuves, voilà ce dernier plus grand peut-être que tous les autres.
Je me représente ton chagrin, ma chère mother et celui de mon cher papa. Dieu qui lui a permis de sauver tant de petits êtres, lui a refusé la joie de sauver son petit-enfant. C’est trop triste vraiment. Ma pensée, crois le bien, n’est pas égoïste …
Ma chère mother, je relis ta lettre et je n’y trouve, malgré tant de malheurs, aucune pensée amère – tu penses même à me consoler ! Combien je t’admire ! Devant une si sublime résignation à Sa volonté, Dieu ne peut que t’envoyer toutes ses consolations. Qu’Il daigne consoler aussi papa et les pauvres parents et tous ceux qui pleurent la petite Monique en permettant que l’espoir de famille se réalise selon ses vœux.
La petite sœur, tant désirée, avec les petits Dédé et Alice diminueront bien vite, Dieu le veuille, l’amertume du souvenir du petit ange ravi à notre affection.

Les parents de Lamotte sont aussi bien à plaindre et leur longue suite de sacrifices n’est pas donc terminée encore ! Oui, c’est une famille bien sympathique.

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Lettre 19




Shangugu, le 20 mars 1929

                        Ma bien chère mother,

Merci de ta bonne longue lettre du 27 janvier, reçue il y a quelques jours.

J’ai été bien heureux d’avoir de rassurantes nouvelles sur la santé de notre chère Tensette.
Les détails sur son triste accident m’ont bien intéressé, c’est réellement un malheur incompréhensible. Je tremble à l’idée que la pauvre petite aurait pu être encore en Afrique, loin des siens et sans les soins si assidus et si affectueux qu’elle a reçus.
Je me figure aisément, par la tristesse et l’anxiété que j’ai éprouvés, quels tristes journées toi-même et papa avez dû passer. Mais il est superflu de regretter trop ce petit ange qui n’a pas vécu et maintenant que Tensette est bien, il n’y a plus, j’espère, qu’un mauvais souvenir et on peut envisager l’avenir avec confiance.
La tragique mort de Jean a certes été un malheureux événement, mais cependant providentiel. Dieu arrange souvent les choses d’une façon terrible et pour nous incompréhensible.
Veuille-t-Il donner maintenant la paix et le bonheur à tous.
Je souhaite que Nic. se plaise dans ses nouvelles occupations. Tensette sera-t-elle bientôt en état de s’occuper de son nouveau home ? Elle désirait tant un petit chez soi fixe ;..
La petite Alice laissera un grand vide rue Léon Mignon, mais sans doute y reviendra-t-elle souvent avec sa gentille maman … Puis il y a Marie qui se charge de remplir les vides !!
Quant à la mentalité de Madame Laurenty, il vaut mieux hausser les épaules ; cela ne mérite pas de s’y attarder.
Merci du souvenir de notre regrettée bonne-maman. Les citations en sont très belles. Voilà le 12 janvier une date doublement triste. Les nouvelles que tu me donnes de tout et tous me font bien plaisir.
Voilà Luce une grande jeune fille, je suis content qu’elle te rende tant de services … chacune son tour. Te restera-t-elle un peu plus que ses aînées ??

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Lettre 18




Nyamirundi, le 1er mars, terminée le 5 mars.

                          Mon cher papa, ma chère mother,

Il y a longtemps que je veux vous écrire une longue lettre avec quelques détails sur mes pérégrinations dans le Kivu ; depuis nouvel an, je ne me souviens pas d’avoir écrit ni bien longuement, ni bien fréquemment.

Après avoir vu le major à la mission de Nyagezi, entre Noël et Nouvel An, je suis allé construire un signal sur un sommet isolé et formidable, côté Kivu, chez les Banyabongo.
Espérant pouvoir y mesurer, j’avais campé au sommet, dans une petite salle ??? (illisible). La nuit, arrivent un orage et des pluies torrentielles pendant plusieurs heures – les rigoles de ma tente débordent et inondation !
Je ne m’en suis aperçu que le matin, en me réveillant la tête lourde à cause de l’humidité … en voulant sortir de mon lit, je vois mes pantoufles flottant à l’entrée de la tente – la carpette avait reçu l’eau par au-dessus et, étant imperméable (l’ayant été du moins), retenait l’eau : il y avait 20 cm ! Plusieurs de mes malles ayant des petits trous, l’eau s’y était infiltrée, de même que dans la plupart des caisses … et pour comble, les nuages n’ont pas quitté la montagne ce jour-là et rien n’a pu sécher que le lendemain. Sale sommet ! Il n’y a pas de bois dans la région, pas du tout – mes gens avaient dû se faire de misérables huttes, rien qu’avec des herbes ; comme bois à brûler, les indigènes emploient des fougères séchées et des tiges de papyrus … parfois, ils apportaient quelques vieux bambous arrachés à leurs huttes et venant de la forêt – à plusieurs jours de là.
Le signal fut terminé, heureusement, en 3 jours et c’était bien car, mâts, traverses, cordes et herbes devaient être cherchés à plusieurs heures de là. Mais, il ne faisait pas clair et je dus descendre du sommet, regrettant bien d’avoir campé en haut. Ce sommet n’a pas même 2600 m, mais étant tout à fait isolé et fin d’une crête, il accroche tous les nuages, reçoit toutes les draches et tous les coups de foudre passant à proximité – ce n’est d’ailleurs qu’une masse de fer : ça se nomme Bisunzu.

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Lettre 17




Noël 1928

             Mon bien cher papa, ma bien chère mother,

Voila revenue l’époque de l’année où il est, peut-être, le plus pénible d’être séparé des siens.
Je devais, pour Noël, retrouver le major Hoier à la mission des P.B. de Nyangizi ; hélas ! avant hier, j’ai « piqué » une bonne fièvre, la première de ce terme – si ce n’est pas jouer de malheur ! – ce ne fut pas grave, car je suis sur pied déjà ; mais pas en état encore de faire la grosse étape qui me sépare de Nyangizi, je suis bien forcé de passer cette journée seul à penser à vous tous et à ce que je ferais si j’étais chez nous … les messes, les chants et … les ???? (illisible)

A vrai dire, si je n’étais pas persuadé que nous avons ce jour le 25/12, et que je ne pensais pas à la Noël de chez nous, je ne m’apercevrais pas que c’est Noël ! Je suis sur une colline pas trop haute, il fait assez chaud ; comme vue, le signal, un village, un morceau du lac Kivu … Il n’y a, dans tout cela, pas même un air de dimanche !
Je m’en fais donc une raison et remets Noël à la fin de la semaine : j’irai retrouver le major là où il sera et passerai le dimanche à la mission.

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