Le cadeau de Noël incontournable !

Après que Gaëlle Haulet, petite-fille de Léon Haulet, nous ait, très gentiment, transmis les manuscrits originaux de la correspondance de son grand-père, nous avons pu compléter, corriger et remanier les 38 lettres dont la majeure partie a été progressivement publiée sur haulet.be.

Nous avons pris la décision, Charles et moi, de publier en un livre hommage ce témoignage à la fois familial et historique dû à la plume de Léon; plume touchante, pittoresque et sans concessions…

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Des photos inédites de Léon en Afrique !

Goma Juillet 1930 – Le lac « Tshamouke »

Non, ce n’est pas un poisson d’avril, nous avons, enfin, des photos d’époque de Léon au Congo et au Rwanda-Urundi ! Il faut dire que nous n’en avions qu’une seule et unique !…

C’est grâce à Pascal Acezat, qui nous a communiqué ses trouvailles faites dans un grenier, que nous pouvons ainsi donner plus de véracité à notre remontée dans le temps. Qu’il en soit ici chaleureusement remercié !

Certaines photos ont déjà été distribuées dans les pages du site notamment en page d’accueil : http://haulet.be/
mais aussi :


http://haulet.be/genese-du-projet/
http://haulet.be/2020/04/06/lettre-2/
http://haulet.be/2020/04/09/lettre-5/
http://haulet.be/2020/04/17/lettre-12/
http://haulet.be/2020/07/16/lettre-24/
http://haulet.be/2020/09/04/lettre-34/

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Lettre 35




Le texte qui suit n’est pas vraiment une lettre de Léon à ses parents mais plutôt une sorte de carnet de voyage où il revient sur son activité récente, déjà mentionnée plus succinctement dans les dernières lettres.

Quelques détails sur mes pérégrinations depuis un mois.
J’ai quitté Masisi pour Rutshuru en passant par les lacs Mokoto – j’avais à construire un signal et à reconnaître le pays par là.

Bien que la majorité des noms de lieux, rivières cités par Léon ne sont pas repérables sur les diverses cartes procurées par Google, voici, approximativement le trajet décrit dans cette 35e lettre.

Du triste poste de Masisi jusqu’aux lacs Mokoto, la route est longue et mauvaise. On suit d’abord la route allant à Pinga, qui se confond avec celle de Sake pendant une étape, puis on oblique vers le nord en longeant la vallée de la Loashi. Cette partie n’est pas trop dure, mais est fort mauvaise en raison des pluies : on est tout le temps dans la boue. Plusieurs fois par étape, le pauvre Philibert s’enfonçait dans la vase jusqu’à mi-ventre – il fallait alors le hisser dehors en le tirant par la queue et par les oreilles ! et en lui tassant des matiti en-dessous des pattes pour qu’il puisse sortir de ce mauvais pas ; les multiples petites rivières coulant dans la boue n’avaient pas de pont ou, ce qui est pis, que quelques mauvais sticks sur lesquels les hommes passaient en équilibre – c’était chaque fois un drame que de faire passer Philibert – depuis qu’il est passé au travers de plusieurs ponts et une fois resté suspendu par 2 pattes au-dessus d’un ravin … il se méfie. Enfin, on est passé – le pauvre Philibert résigné, ou presque, s’habituait aux bains de boue …
A la 3ème étape, on passe au futur emplacement du poste de Masisi qui doit être déplacé. C’est au confluent de la Loashi et d’une petite rivière la Maizi. Encore boue, humidité et matiti – passage d’éléphants aussi – bref, sale patelin, mais l’accès sera plus facile que maintenant et le poste ressemblera un peu moins à une prison. Il y a un groupe de villages assez importants à proximité … après, le désert jusqu’au passage de la Loashi … la rivière a pris de l’importance et le courant est rapide, on passe sur un pont suspendu (pont de singes ou à lianes) et Philibert a dû être jeté à l’eau et halé avec une corde car il ne voulait rien savoir du pont qui se balance à 5 m au-dessus de l’eau !… Le lendemain, même comédie pour le passage d’une autre rivière importante la Loso, après quelques nouveaux malheurs dans la boue … Inutile de dire qu’il n’était pas question pour Philibert de me porter, il avait assez de mal de s’en tirer seul !

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Lettre 34

Camp de Birindi, lez Cos’ville, le 1.09.30


Ma bien chère Mother,

Combien heureux je suis d’avoir des détails sur les fêtes de l’ordination de notre cher Charles ; et combien je regrette d’avoir manqué ces émouvantes cérémonies et ces réconfortantes journées que tu me décris. L’admirable liturgie de l’ordination – la première bénédiction d’un jeune prêtre à ses parents et aux siens – l’émouvante simplicité de sa première messe en famille – et la grandiose beauté de sa première messe solennelle – après cela, la réunion de famille, les discours émus, la joie et la fierté de tous, la reconnaissance du jeune prêtre envers ses parents et celle de tous envers Dieu ; tout cela, j’ai voulu me le figurer – tout cela crée une atmosphère dans laquelle pour mon plus grand plaisir et pour le plus grand bien de mon âme, j’aurais voulu vivre quelques jours avec vous.

Je suis certain que, pour tous, ce furent des journées inoubliables et réconfortantes et que, particulièrement pour toi, ma chère mother, et pour mon cher papa, ce furent des jours pleins de sainte émotion et de douce consolation.

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Lettre 33




Gugo, puis Rugari le 26/3/30.

                             Mon bien cher papa,

Un petit bonjour par ce courrier ! Le courrier, c’est tous les 15 jours, le bateau de Bukavu à Kisenyi – jusque Kisenyi tout va bien – après, c’est plus aléatoire …
L’avant dernier courrier, on m’annonçait du ravitaillement – toute une série de caisses de vivres, vin, etc… du numéraire – tout un bazar ! J’avais besoin de tout, revenant des Mokoto où j’avais épuisé mes provisions … j’ai attendu 15 jours – à la fin, j’étais à bout de résistance ! J’avais déjà dû mendier un peu de farine et de sucre aux pères de la mission de Rugari ! J’ai demandé à l’administrateur de Kisenyi, un camarade du temps de Kigali, de m’envoyer des porteurs, ce qu’il a heureusement fait !

Le courrier … ? Le bateau est arrivé il y a dix jours à Kisenyi … j’attends toujours ; je n’ai même pas encore reçu mes lettres.
Or, un porteur fait facilement le trajet en deux jours … oui mais, à cause de la route ? automobile ? le portage est supprimé et interdit ; on doit avoir recours aux camions … et les camions ! d’abord il y en a fort peu ; la route est fort mauvaise, terrible par ces temps de pluie, et les camions ne voyagent pas souvent .. et encore faut-il voir si Messieurs les transporteurs veulent bien se charger de vos caisses… surtout lorsque ce n’est qu’une caisse ou deux, pour 40 km (au lieu de 80 km – trajet Rutshuru – Kisenyi) ils trouvent cela peu intéressant … alors, l’homme à moi qui surveille la route … regarde toujours et ne voit rien venir …

Lorsqu’on est en pleine brousse, on ne pense pas au courrier – pas à quelques jours près ! et on prend ses précautions pour le reste … mais je mesure à une série de signaux de part et d’autre de la route Kisenyi-Rutshuru et c’est bisquant d’être si près et de ne rien recevoir … Enfin, cela finira par arriver. Regrettons le temps des porteurs – l’Afrique à moitié civilisée ne me dit rien – rien de bon – A tous points de vue, vive la brousse … ou l’Europe !

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Lettre 32




Gisi, le 11 mars 30.

                             Ma bien chère mother,

Que tes longues lettres me font plaisir et m’intéressent dans leurs moindres détails ! Mille fois merci pour celle du 12 janvier.
Merci aussi de tout cœur de ce que tu me dis au sujet de mon retour projeté pour l’ordination de Charles et pour le 25ème anniversaire. J’en parle dans ma lettre d’avant hier à papa.
Je me demande aussi où Charles sera envoyé – peut-être devra-t-il faire du professorat ? Cela lui irait-il ?

Maurice semble bien lancé comme journaliste et joyeux étudiant – mais aussi bien décidé à passer les deux épreuves qui l’attendent.
Quant à Albert, s’il étudie bien, c’est le principal – un concours en mathématiques peut fort bien réserver de vilaines surprises … et, en flamand – nous n’avons rien hérité des de Creeft à ce point de vue ! et les de Creeft eux-mêmes …

Tensette m’a écrit longuement – elle semble très heureuse, fort occupée de Lilice, sa petite poupée … et contente d’avoir moins d’ennuis de sujet. Elle comprend sans doute mieux Nic que nous … par exemple : les affaires marchent tellement bien qu’on pourrait y laisser un gérant – mais d’abord elles le prennent de 7h du matin à 7h du soir et ensuite, il n’a jamais le sou ! Moi, je ne comprend pas ; il est vrai qu’en affaires, je n’y vois rien. Qu’il regrette l’Afrique, c’est fort naturel – on regrette toujours ce que l’on n’a plus et puis, comme Tensette dit si bien « Paris ce n’est pas son idée » – il n’a pas choisi la situation qu’il a, donc ça ne lui plaît pas. Enfin, si Tensette est heureuse, c’est le principal et si elle pouvait grossir un peu, ce serait parfait. Ne jamais désespérer sur ce point … voyez tante Luce !

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Lettre 31




Le 6/03/30

                             Mon cher papa,

Me voici sur la colline Musego ou « l’oreiller » – cela ne ressemble d’ailleurs que fort vaguement à un oreiller ! et l’oreiller est trempé … car il pleut ces temps-ci de belle façon ! A part cela, tout va très bien chez moi ! Il n’en est hélas pas de même chez mon collège Hermans qui se trouve encore aux Mokoto et qui a des ennuis avec ses boys, ses soldats, tout son personnel et surtout ses porteurs … enfin, il ne lui reste guère de travail là-bas et j’espère que dans une bonne quinzaine, il me rejoindra à Rutshuru ou un peu plus tard à Kisenyi.

Je viens de passer deux jours à la mission de Rugari où je deviens un habitué ! peut-être pourrais-je y retourner pour Pâques – sinon, je serai un peu plus tard à la mission de Nyondo, près de Kisenyi où je dois passer pour gagner un sommet là-bas.

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Lettre 30




Bilindi, le 1/02/30

                             Mon bien cher papa,


Merci de ton aimable mot ajouté à la lettre de Luce et de la carte collective du jour de la St.-Nicolas que je reçois à l’instant.
Je suis heureux de savoir tout le monde, petits et grands, contents et bien portants ; tout le monde, sauf toi pourtant.
Tu me rassures bien et je crois aisément que ce n’est rien de grave, mais il ne faudrait pas non plus traiter à la légère cet affaiblissement général.
Que tu perdes quelques dents et même un peu de tes forces de vingt ans, cela n’a rien que de très naturel après la vie si active et si pleine de soucis que tu mènes depuis pas mal d’années en somme. Ce sont des petits signes qui te rappellent, moins agréablement, hélas, que tes petits enfants, que tu es grand-papa .

Il n’y a pas de quoi s’effrayer et j’aime à croire que ton moral n’en est pas atteint. Seulement, il faut absolument que tu te ménages et que tu te soignes et cela me rend un peu inquiet, même un peu beaucoup, car j’ai bien peur que tu ne sauras pas assez brider ton inlassable activité et que tu ne prendras pas assez de repos.
Je prie Dieu, mon cher papa, pour que les prochains courriers puissent me donner de toi, comme de tous, de tout à fait bonnes nouvelles.
J’espère que le printemps qui vient t’aura vite rendu (si pas toutes tes dents !) du moins toutes tes forces.

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