Lettre 30




Bilindi, le 1/02/30

                             Mon bien cher papa,


Merci de ton aimable mot ajouté à la lettre de Luce et de la carte collective du jour de la St.-Nicolas que je reçois à l’instant.
Je suis heureux de savoir tout le monde, petits et grands, contents et bien portants ; tout le monde, sauf toi pourtant.
Tu me rassures bien et je crois aisément que ce n’est rien de grave, mais il ne faudrait pas non plus traiter à la légère cet affaiblissement général.
Que tu perdes quelques dents et même un peu de tes forces de vingt ans, cela n’a rien que de très naturel après la vie si active et si pleine de soucis que tu mènes depuis pas mal d’années en somme. Ce sont des petits signes qui te rappellent, moins agréablement, hélas, que tes petits enfants, que tu es grand-papa .

Il n’y a pas de quoi s’effrayer et j’aime à croire que ton moral n’en est pas atteint. Seulement, il faut absolument que tu te ménages et que tu te soignes et cela me rend un peu inquiet, même un peu beaucoup, car j’ai bien peur que tu ne sauras pas assez brider ton inlassable activité et que tu ne prendras pas assez de repos.
Je prie Dieu, mon cher papa, pour que les prochains courriers puissent me donner de toi, comme de tous, de tout à fait bonnes nouvelles.
J’espère que le printemps qui vient t’aura vite rendu (si pas toutes tes dents !) du moins toutes tes forces.

Ici, rien de bien neuf – après une assez agréable tournée à l’est et au sud de Rutshuru, je suis de retour dans le désert des Mokoto. Comme j’avais pris beaucoup de précautions pour les vivres, tant pour moi que pour les noirs et pour les porteurs, cela va bien et j’aurai très vite terminé par ici.
Après l’ascension d’un formidable sommet boisé où je vais dans quelques jours, je retournerai dans la région de Rutshuru, laissant à mon collègue Hermans, qui me suit, le soin d’achever les mesures dans ce pays peu hospitalier. Il est moins désagréable qu’il y a un mois d’ailleurs, le pays : c’est la petite saison sèche … ici, ça ne veut pas dire qu’il ne pleut plus … il pleut seulement un peu moins !

Je te laisse pour cette fois, mon cher papa, reçois tous mes plus affectueux baisers à partager avec ma chère mother et tous les frères et sœurs et les petits.
Soigne-toi bien – je t’embrasse bien tendrement. Léon

P.S. J’ai enfin reçu une carte de notre petite Tensette qui me promet…une longue lettre pour la semaine prochaine…

Léon



Et si on chantait ?
Mimile – Maurice Chevalier

La pub de l'époque


Une réponse sur “Lettre 30”

  1. Je prends enfin ma plume pour dire merci à Charly Haulet pour avoir pris l’initiative de retranscrire la correspondance Africaine de notre Oncle Léon à ses parents.

    Quel travail grandiose et difficile, passionnant et instructif sur les conditions de vie et la situation Africaine à cette époque qui font l’objet de bien de polémiques encore actuellement… mais chacun jugera et sur la relation de notre Oncle Léon avec sa famille, notre famille : ses joies, peines, tensions familiales…

    Bravo à Philippe Haulet d’avoir modernisé le travail de Charles par la mise en ligne du site de la correspondance Africaine rendant la lecture plus conviviale avec des ajouts instructifs et ludiques comme :
    En savoir +
    La Pub de l’époque
    Et si on chantait ?
    Et si on dansait ? Ambiance purement Africaine…un régal !

    Tout cela me replonge avec nostalgie dans mes beaux souvenirs de petite enfance : j’ai passé les 6 premières années de ma vie (1954-1960) au Congo, Stanleyville, Route Ituri km 206 en bord de forêt.
    Que du bonheur.

    Asante sana Philippe et Charly
    Polé,Polé, Hakuna Matata !
    Au plaisir de se revoir.

    Albert Haulet
    Alobè
    24.08.2020

    ps:

    pour collaborer au site Haulet, voici ci joint en PDF 2 documents concernant Maurice et Albert Haulet dans le journal « Le Vaillant » journal officiel des étudiants Catholiques de Liège.

    Maurice Haulet, « Le Vaillant » 26 Novembre 1930, voir page 2
    Albert Haulet, « Le Vaillant » 27 janvier 1933, voir page 5

    Pardi! de joyeux étudiants !? étudiants en quoi ?

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