En 6 mois, entre le 5 avril et le 5 octobre 2020, 35 lettres de Léon Haulet ont été publiées.
Le graphique ci-dessus montre l’évolution du nombre de lecteurs pour chaque page. On peut clairement voir une belle progression à partir de la lettre 28 et un pic remarquable pour la dernière, la 35ème !
Faisant suite au commentaire adressé par Michel Selezneff à l'info-lettre du 26 août 2023 relative aux vidéos placées sur le site et plus particulièrement à la vidéo de 1897 "Boma-Tervuren - Le voyage - Documentaire sur l'exposition coloniale de Tervuren 1897", voici ce commentaire enrichi d'autres observations, photographies et plans.
Boma-Tervuren-levoyage.mp4
Sur les 184 vidéos postées, je n’ai encore pu visionner que les quatre premières !
Un témoignage m’a fortement surpris et que je n’avais pas encore lu, celui prétendant que les 7 congolais décédés à Tervuren lors de l’exposition de 1897 auraient été « rapidement enterrés dans une fosse commune dans les bois de Tervuren aux côtés des démunis, des nécessiteux, des prostituées et des malades mentaux. Une dizaine d’années plus tard, leurs corps sont déterrés et ré-enterrés dans la cour de l’église catholique Saint-Jean l’Évangéliste de Tervuren. » https://www.jambonews.net/actualites/20131104-1er-novembre-2013-hommage-aux-congolais-morts-pendant-lexposition-universelle-de-1897/
Aussi sur le Net, une version semblable bien que légèrement différente prétend que « Il faudra attendre 1950 pour que les morts de Tervuren se voient attribuer sept tombes. Piètre « réparation » pour des hommes qui ont été « parqués comme des animaux dans un concours », comme le rapporte un article du Patriote illustré daté du 4 juillet 1897. » https://www.lemonde.fr/archives/article/2002/03/16/les-sept-morts-de-tervuren_4206537_1819218.html
L'appellation "fosse commune" est devenue dépréciative et est souvent remplacée par l'expression "carré des indigents". En effet, l'inhumation en ces terres est prévue pour les personnes sans domicile fixe, sans familles, sans ressources suffisantes ou encore non réclamées à l'institut médico-légal. Le qualification d'"infâme" d'une telle situation est par extension due au statut de la plupart des personnes ainsi enterrées, statut non conforme à la bonne société bourgeoise et croyante de l'époque.
En France, depuis 1991, l'appellation officielle est "division à caveaux de terrain commun" abrégée en "terre commune".
En Belgique, les communes délèguent à une entreprise de pompes funèbres le soin de procéder à l'inhumation. Il faut reconnaître que ces entreprises, trop souvent, bâclent leur mission.
https://www.rtbf.be/article/qu-arrive-t-il-aux-personnes-qui-n-ont-pas-d-argent-ou-de-famille-pour-leur-enterrement-9926319
J’habite non loin de Tervuren et me suis déjà rendu à plusieurs reprises sur les tombes congolaises ; elles sont alignées le long du mur nord de l’église Sint-Jan Evangeliskerk (St-Jean l’Evangéliste). Cette église ayant été bâtie en 1779, la pelouse qui l’entoure, comme dans tous villages, était le cimetière.
A gauche les 7 tombes, à droite l’ancien emplacement le long des maisons
Pour preuve, un vingtaines de tombes sont restées en place dont celles des comtes de Stolberg-Wernigerode (château au pied du Harz en Allemagne), XIXè s.. Les tombes indiquent des dates de sépultures s’étalant entre 1882 et 1915.
Les panneaux près des tombes congolaises renseignent les visiteurs avec appui de photos, précisant que les défunts ont bien été enterrés individuellement à leur décès à une vingtaine de mètres de l’église, en terre « profane », et qu’en fin 1940 les tombes ont été déplacées le long du mur de l’église. La commémoration eut lieu en présence de M. P-H Spaak et autres représentants belges et congolais … Une photo de 1930 montre une visite de membres de la Force publique venus rendre hommage aux défunts de 1897. Les tombes sont encore à leur emplacement original, soit à une vingtaine de mètres de l’église …
En 2017, dans le cadre de la rénovation de l'AfricaMuseum, la commune de Tervuren a fait rénover les tombes des sept congolais décédés en 1897.
Dans le film "Boma-Tervuren - Le voyage Documentaire sur l'exposition coloniale de Tervuren 1897", mentionné plus haut, on peut voir une cérémonie de prélèvement de terres par une délégation congolaise et le tranfert de celles-çi sur sol congolais en décembre 1998 (voir à partir de 44m 32s et 47m 38s).
S’il faut en croire les détracteurs du colonialisme ou de Léopold II qui prétendent que ces sept malheureux congolais auraient été enterrés rapidement dans une fosse commune dans la forêt de Tervuren, il faudrait qu’ils m’expliquent comment aurait-on pu identifier les restes des dépouilles/squelettes lors d’une exhumation au milieu d’une fosse commune, qui aurait eu lieu une dizaine d’années ou mieux encore, plus de 50 ans après leurs funérailles … !?
Michel Selezneff
Ils s'appelaient Sambo, Mpeia, Ngemba, Ekia, Nzau, Kitukwa et Mibange et faisaient partie des 267 congolais exposés à Tervuren en 1897 dans ce qui a été qualifié de "zoo humain".
Les "zoos humains" étaient en vogue fin du 19ème et début du 20ème. Entre 1851 et 1931, il y eut à Paris pas moins de 11 expositions de ce genre et aussi une à Angers en 1906. En Belgique, 10 furent organisées entre 1885 et 1958 à Anvers, Bruxelles, Charleroi Liège et Gand. 13 pays europééens, 15 villes américaines, L'Afrique du Sud, l'Australie, la Corée, l'Inde, l'Indonésie, le Japon, Taïwan et le Vietnam exhibèrent aussi des "zoos humains".
Tout récemment, un village africain a été ouvert dans le zoo d'Augsbourg en Allemagne en juillet 2005. (https://www.afrik.com/african-village-les-zoos-humains-de-retour-en-allemagne)
https://www.africamuseum.be/fr/discover/history_articles/the_human_zoo_of_tervuren_1897https://vimeo.com/263375448
Nous avions fait parvenir à Monsieur François Poncelet, conservateur du MusAFRICA (Musée Africain de Namur), un exemplaire du livre « La correspondance africaine de Léon Haulet ». Il a été réceptionné par Monsieur Bruno Dardenne, archiviste, qui a immédiatement été interpellé au vu du titre de l’ouvrage ! Ce Léon Haulet ne lui est pas inconnu ! Et pour cause, Bruno Dardenne est, en effet, l’auteur d’une passionnante biographie de son grand-père, Joseph Dardenne, qui fit plusieurs missions au Ruanda à partir de 1916. A la page 133 de son livre, il reproduit un courrier du Major Hoier dans lequel est fait mention du Lieutenant Léon Haulet. Une photo du Major Hoier et du Lieutenant Haulet est même jointe !
Après que Gaëlle Haulet, petite-fille de Léon Haulet, nous ait, très gentiment, transmis les manuscrits originaux de la correspondance de son grand-père, nous avons pu compléter, corriger et remanier les 38 lettres dont la majeure partie a été progressivement publiée sur haulet.be.
Nous avons pris la décision, Charles et moi, de publier en un livre hommage ce témoignage à la fois familial et historique dû à la plume de Léon; plume touchante, pittoresque et sans concessions…
Non, ce n’est pas un poisson d’avril, nous avons, enfin, des photos d’époque de Léon au Congo et au Rwanda-Urundi ! Il faut dire que nous n’en avions qu’une seule et unique !…
C’est grâce à Pascal Acezat, qui nous a communiqué ses trouvailles faites dans un grenier, que nous pouvons ainsi donner plus de véracité à notre remontée dans le temps. Qu’il en soit ici chaleureusement remercié !
Certaines photos ont déjà été distribuées dans les pages du site notamment en page d’accueil : http://haulet.be/ mais aussi :
Le texte qui suit n’est pas vraiment une lettre de Léon à ses parents mais plutôt une sorte de carnet de voyage où il revient sur son activité récente, déjà mentionnée plus succinctement dans les dernières lettres.
Quelques détails sur mes pérégrinations depuis un mois. J’ai quitté Masisi pour Rutshuru en passant par les lacs Mokoto – j’avais à construire un signal et à reconnaître le pays par là.
Bien que la majorité des noms de lieux, rivières cités par Léon ne sont pas repérables sur les diverses cartes procurées par Google, voici, approximativement le trajet décrit dans cette 35e lettre.
Du triste poste de Masisi jusqu’aux lacs Mokoto, la route est longue et mauvaise. On suit d’abord la route allant à Pinga, qui se confond avec celle de Sake pendant une étape, puis on oblique vers le nord en longeant la vallée de la Loashi. Cette partie n’est pas trop dure, mais est fort mauvaise en raison des pluies : on est tout le temps dans la boue. Plusieurs fois par étape, le pauvre Philibert s’enfonçait dans la vase jusqu’à mi-ventre – il fallait alors le hisser dehors en le tirant par la queue et par les oreilles ! et en lui tassant des matiti en-dessous des pattes pour qu’il puisse sortir de ce mauvais pas ; les multiples petites rivières coulant dans la boue n’avaient pas de pont ou, ce qui est pis, que quelques mauvais sticks sur lesquels les hommes passaient en équilibre – c’était chaque fois un drame que de faire passer Philibert – depuis qu’il est passé au travers de plusieurs ponts et une fois resté suspendu par 2 pattes au-dessus d’un ravin … il se méfie. Enfin, on est passé – le pauvre Philibert résigné, ou presque, s’habituait aux bains de boue … A la 3ème étape, on passe au futur emplacement du poste de Masisi qui doit être déplacé. C’est au confluent de la Loashi et d’une petite rivière la Maizi. Encore boue, humidité et matiti – passage d’éléphants aussi – bref, sale patelin, mais l’accès sera plus facile que maintenant et le poste ressemblera un peu moins à une prison. Il y a un groupe de villages assez importants à proximité … après, le désert jusqu’au passage de la Loashi … la rivière a pris de l’importance et le courant est rapide, on passe sur un pont suspendu (pont de singes ou à lianes) et Philibert a dû être jeté à l’eau et halé avec une corde car il ne voulait rien savoir du pont qui se balance à 5 m au-dessus de l’eau !… Le lendemain, même comédie pour le passage d’une autre rivière importante la Loso, après quelques nouveaux malheurs dans la boue … Inutile de dire qu’il n’était pas question pour Philibert de me porter, il avait assez de mal de s’en tirer seul !
Combien heureux je suis d’avoir des détails sur les fêtes de l’ordination de notre cher Charles ; et combien je regrette d’avoir manqué ces émouvantes cérémonies et ces réconfortantes journées que tu me décris. L’admirable liturgie de l’ordination – la première bénédiction d’un jeune prêtre à ses parents et aux siens – l’émouvante simplicité de sa première messe en famille – et la grandiose beauté de sa première messe solennelle – après cela, la réunion de famille, les discours émus, la joie et la fierté de tous, la reconnaissance du jeune prêtre envers ses parents et celle de tous envers Dieu ; tout cela, j’ai voulu me le figurer – tout cela crée une atmosphère dans laquelle pour mon plus grand plaisir et pour le plus grand bien de mon âme, j’aurais voulu vivre quelques jours avec vous.
Je suis certain que, pour tous, ce furent des journées inoubliables et réconfortantes et que, particulièrement pour toi, ma chère mother, et pour mon cher papa, ce furent des jours pleins de sainte émotion et de douce consolation.