Lettre 33




Gugo, puis Rugari le 26/3/30.

                             Mon bien cher papa,

Un petit bonjour par ce courrier ! Le courrier, c’est tous les 15 jours, le bateau de Bukavu à Kisenyi – jusque Kisenyi tout va bien – après, c’est plus aléatoire …
L’avant dernier courrier, on m’annonçait du ravitaillement – toute une série de caisses de vivres, vin, etc… du numéraire – tout un bazar ! J’avais besoin de tout, revenant des Mokoto où j’avais épuisé mes provisions … j’ai attendu 15 jours – à la fin, j’étais à bout de résistance ! J’avais déjà dû mendier un peu de farine et de sucre aux pères de la mission de Rugari ! J’ai demandé à l’administrateur de Kisenyi, un camarade du temps de Kigali, de m’envoyer des porteurs, ce qu’il a heureusement fait !

Le courrier … ? Le bateau est arrivé il y a dix jours à Kisenyi … j’attends toujours ; je n’ai même pas encore reçu mes lettres.
Or, un porteur fait facilement le trajet en deux jours … oui mais, à cause de la route ? automobile ? le portage est supprimé et interdit ; on doit avoir recours aux camions … et les camions ! d’abord il y en a fort peu ; la route est fort mauvaise, terrible par ces temps de pluie, et les camions ne voyagent pas souvent .. et encore faut-il voir si Messieurs les transporteurs veulent bien se charger de vos caisses… surtout lorsque ce n’est qu’une caisse ou deux, pour 40 km (au lieu de 80 km – trajet Rutshuru – Kisenyi) ils trouvent cela peu intéressant … alors, l’homme à moi qui surveille la route … regarde toujours et ne voit rien venir …

Lorsqu’on est en pleine brousse, on ne pense pas au courrier – pas à quelques jours près ! et on prend ses précautions pour le reste … mais je mesure à une série de signaux de part et d’autre de la route Kisenyi-Rutshuru et c’est bisquant d’être si près et de ne rien recevoir … Enfin, cela finira par arriver. Regrettons le temps des porteurs – l’Afrique à moitié civilisée ne me dit rien – rien de bon – A tous points de vue, vive la brousse … ou l’Europe !

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Lettre 32




Gisi, le 11 mars 30.

                             Ma bien chère mother,

Que tes longues lettres me font plaisir et m’intéressent dans leurs moindres détails ! Mille fois merci pour celle du 12 janvier.
Merci aussi de tout cœur de ce que tu me dis au sujet de mon retour projeté pour l’ordination de Charles et pour le 25ème anniversaire. J’en parle dans ma lettre d’avant hier à papa.
Je me demande aussi où Charles sera envoyé – peut-être devra-t-il faire du professorat ? Cela lui irait-il ?

Maurice semble bien lancé comme journaliste et joyeux étudiant – mais aussi bien décidé à passer les deux épreuves qui l’attendent.
Quant à Albert, s’il étudie bien, c’est le principal – un concours en mathématiques peut fort bien réserver de vilaines surprises … et, en flamand – nous n’avons rien hérité des de Creeft à ce point de vue ! et les de Creeft eux-mêmes …

Tensette m’a écrit longuement – elle semble très heureuse, fort occupée de Lilice, sa petite poupée … et contente d’avoir moins d’ennuis de sujet. Elle comprend sans doute mieux Nic que nous … par exemple : les affaires marchent tellement bien qu’on pourrait y laisser un gérant – mais d’abord elles le prennent de 7h du matin à 7h du soir et ensuite, il n’a jamais le sou ! Moi, je ne comprend pas ; il est vrai qu’en affaires, je n’y vois rien. Qu’il regrette l’Afrique, c’est fort naturel – on regrette toujours ce que l’on n’a plus et puis, comme Tensette dit si bien « Paris ce n’est pas son idée » – il n’a pas choisi la situation qu’il a, donc ça ne lui plaît pas. Enfin, si Tensette est heureuse, c’est le principal et si elle pouvait grossir un peu, ce serait parfait. Ne jamais désespérer sur ce point … voyez tante Luce !

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Lettre 31




Le 6/03/30

                             Mon cher papa,

Me voici sur la colline Musego ou « l’oreiller » – cela ne ressemble d’ailleurs que fort vaguement à un oreiller ! et l’oreiller est trempé … car il pleut ces temps-ci de belle façon ! A part cela, tout va très bien chez moi ! Il n’en est hélas pas de même chez mon collège Hermans qui se trouve encore aux Mokoto et qui a des ennuis avec ses boys, ses soldats, tout son personnel et surtout ses porteurs … enfin, il ne lui reste guère de travail là-bas et j’espère que dans une bonne quinzaine, il me rejoindra à Rutshuru ou un peu plus tard à Kisenyi.

Je viens de passer deux jours à la mission de Rugari où je deviens un habitué ! peut-être pourrais-je y retourner pour Pâques – sinon, je serai un peu plus tard à la mission de Nyondo, près de Kisenyi où je dois passer pour gagner un sommet là-bas.

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Lettre 30




Bilindi, le 1/02/30

                             Mon bien cher papa,


Merci de ton aimable mot ajouté à la lettre de Luce et de la carte collective du jour de la St.-Nicolas que je reçois à l’instant.
Je suis heureux de savoir tout le monde, petits et grands, contents et bien portants ; tout le monde, sauf toi pourtant.
Tu me rassures bien et je crois aisément que ce n’est rien de grave, mais il ne faudrait pas non plus traiter à la légère cet affaiblissement général.
Que tu perdes quelques dents et même un peu de tes forces de vingt ans, cela n’a rien que de très naturel après la vie si active et si pleine de soucis que tu mènes depuis pas mal d’années en somme. Ce sont des petits signes qui te rappellent, moins agréablement, hélas, que tes petits enfants, que tu es grand-papa .

Il n’y a pas de quoi s’effrayer et j’aime à croire que ton moral n’en est pas atteint. Seulement, il faut absolument que tu te ménages et que tu te soignes et cela me rend un peu inquiet, même un peu beaucoup, car j’ai bien peur que tu ne sauras pas assez brider ton inlassable activité et que tu ne prendras pas assez de repos.
Je prie Dieu, mon cher papa, pour que les prochains courriers puissent me donner de toi, comme de tous, de tout à fait bonnes nouvelles.
J’espère que le printemps qui vient t’aura vite rendu (si pas toutes tes dents !) du moins toutes tes forces.

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Lettre 29




1929 Noël à Nouvel An 1930

                             Mon bien cher papa,


Le dernier courrier m’a apporté la lettre de Lucie, une de Suzanne avec un mot d’oncle Maurice et un de tante Luce et une lettre d’oncle Fernand – encore, une longue lettre du chanoine Lenssen …
Merci à Lucie et à Didine de leurs bonnes lettres ; j’y répondrai très bientôt et merci à tous de leurs affectueux souhaits.
Merci des tiens, mon cher papa, et de ton petit mot. J’espère que mes vœux ne seront pas arrivés trop en retard et que les fêtes de Noël et Nouvel An se seront fort bien passées.
Je suis bien triste d’apprendre par toutes les lettres que ta santé laisse beaucoup à désirer et je souhaite de tout cœur que les prochains courriers puissent m’apporter de meilleures nouvelles de toi.
Soigne toi bien, mon cher papa, et prend du repos coûte que coûte puisque tu en as besoin.
Je sais bien que c’est plus facile à dire qu’à faire et qu’il y a des tas d’objections et des tas d’obstacles – mais il le faut absolument – tu vois bien que cela t’a fort mal réussi de prendre si peu de vacances l’été passé. « Du courage et de la patience » tu en as toujours eus – et aussi « de la bonne nourriture » ! c’est du repos que tu n’as pas.

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Lettre 28




Masisi, le 24 novembre 29.

                             Mon bien cher papa, Ma bien chère mother,


L’année touche à sa fin déjà – son début fut bien triste et elle nous a apporté bien des peines et bien des soucis avant de nous donner quelques joies. Dieu veuille que 1930 soit complètement heureuse.
Je vous envoie, mon cher papa et ma chère maman, mes vœux les plus fervents et les plus tendres pour cette année nouvelle. Dieu veuille vous donner, avec la santé, toutes ses bénédictions et réaliser toutes vos espérances et tous vos désirs.
1930 s’annonce bien belle – pleine de réjouissances et d’événements.
Puisse ces événements être tous heureux et puissions nous célébrer toutes les fêtes attendues dans la joie et sans arrière-pensées.

Comme événements, il y a la fin des humanités d’Albert et ses décisions pour l’avenir, l’important examen de Nite et son admission à l’armée … d’autres encore certes, prévus ou non.
L’ordination de Charles est, à la fois, un événement et une fête unique et combien importante !
Avec cela, les fêtes nationales et les expositions qui vont mettre toute la Belgique en effervescence sur l’air de la Brabançonne.
1930 veut être bien joyeuse – puisse-t-elle l’être complètement.

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Lettre 27




Masisi, le 24/11/1929

                             Mon bien cher papa,

Bien merci pour ton petit mot joint à la lettre de mother du 6 octobre. J’ai été bien triste d’apprendre que tu n’étais pas complètement bien portant et j’espère que tu es bien remis et ne souffres pas de l’hiver. Charles me dit que tu es très sévère pour les autres quand tu juges qu’ils ont besoin de repos, mais que tu ne te ménages pas toi-même. Je crois bien qu’il a un peu raison, mon cher papa, tu devrais ne pas te surmener et tâcher de prendre un peu plus de repos. Il y a, par exemple, des visites à Pierreuse et autres rues du même genre où il faut grimper et la rue et les étages que tu pourrais bien laisser à de plus jeunes.
Maintenant que les plus durs moments sont passés, tu devrais songer à te reposer un peu, au besoin à restreindre ta clientèle.

Oui, il vaut mieux laisser complètement tomber cette histoire avec Nicolas.
C’est déjà assez triste pour Tensette que ses discussions avec sa mère … singulier caractère ; il me semble qu’il lui serait si facile d’éviter tout ces tiraillements …

Voilà que j’ai perdu de vue la St.-Nicolas ! Il est fort tard pour y penser … heureusement, il y a les étrennes ou le père Noël. Veux-tu bien prélever de mon compte 1000 francs pour de petits cadeaux à tous, sans oublier les 3 petits ni les grands-parents !
Merci d’avance de bien vouloir t’occuper de cela.

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Lettre 26




En route, le 11/11/29
Armistice et St.-Martin !

                             Mon bien cher papa,

Mille fois merci de ton gentil mot joint à la lettre de Nite. Je répondrai à celui-ci très prochainement et écrirai aussi plus longuement.

Ce jour, surpris par l’urgence d’envoyer mon courrier à Sake pour l’arrivée du bateau (je m’éloigne vers l’intérieur), je t’envoie seulement un petit bonjour.

Comment va le pauvre oncle Louis ? Dans son état, la mort sera peut-être une délivrance – puisse-t-elle lui être douce. Oui, malgré tous ses torts, nous lui devons trop pour pouvoir l’oublier et j’ai toujours eu, malgré tout, de l’affection pour lui.

La rencontre des Cassidy a dû, en effet, réveiller pas mal de souvenirs et heureusement d’assez agréables – car, s’il n’y avait pas eu la guerre, nous aurions été tout à fait bien à Lancaster ; déjà malgré la guerre, nous n’y étions pas si mal !!
Tu vois quel « grand blanc » tu serais devenu … superintendant d’un County … ou de plusieurs – car, si Dr. Sephton, qui n’avait pas l’air d’un as, est devenu superintendant, quelle gloire attendait le B.L. !
Cependant, nous sommes mieux chez nous … ne trouves-tu pas ?
Les liégeois valent mieux que les anglais – même que les « patients » du County qui sont, peut-être, la partie la plus sympathique de leur population !

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Lettre 25




En route, le 28 octobre 1929.

                       Ma bien chère mother,

Ton affectueuse et longue lettre de fin août m’a causé un bien vif plaisir. Ne t’excuse pas du style qui, d’ailleurs, est très bien ! Tu sais combien j’aime tes lettres qui me parlent de si agréable façon de tout et de tous : tu passes « en revue » toute la famille et les connaissances et tu me contes les petits détails de la vie de « chez nous » et j’ai l’impression d’un long bavardage avec toi – rien ne m’est plus agréable. Surtout que les nouvelles sont bonnes !
Je suis si content de savoir que les vacances furent si réussies – il me semble que vous avez la spécialité de dénicher les « petits coins » bien tranquilles, bien propres et où l’on fait bonne chaire !
Avec le temps que vous avez eu, toute la bande n’aura pas eu le temps de s’ennuyer ! et je suis certain que cela t’aura fait plaisir de revoir un peu toute la famille.
J’espère que ces courtes vacances auront bien profité à tous, surtout à toi-même et à papa … l’ai salin n’a-t-il pas fait un peu maigrir tante Luce? Et l’oncle Maurice a-t-il pris de nombreux bains ? Le pauvre oncle Fernand a-t-il pu fumer quelques cigares ?
Voilà donc les querelles intestines rallumées chez les de Creeft – Fernand va faire des démarches pour être nommé marquis … et Adrien baron, ces titres leur iraient respectivement très bien ; du coup, les Peerois en feraient une maladie ! qu’ils n’auraient pas volée, en effet, singuliers procédés. Je n’ai plus eu de nouvelles de Loulou et ne savais pas qu’il était au pays – que va-t-il faire maintenant ? Voilà donc les vœux de Julia comblés – j’ai reçu un faire-part.

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Lettre 24




En route, le 13/09/29

                       Ma bien chère mother,

Mille fois merci de ta bonne longue lettre de fin juillet.

Oui, le pauvre petit Dédé en a eu des misères ! Espérons qu’elles sont terminées pour de bon …

Et voilà tout le monde en vacances. J’aime à croire qu’elles ont été fort agréables pour tous.
Quel pays que le nôtre ! On gèle, et quelques temps après, on fond … ou sont-ce les belges qui ne sont jamais contents ??
La rue Léon Mignon ne doit pas être un paradis pendant les chaleurs. J’espère, qu’à la mer, il y avait un peu plus d’air …

Heureusement que tu as deux grandes jeunes filles pour t’aider. Tu as bien droit à avoir la vie un peu plus facile ! Pourvu que Suzanne profite aussi bien de tes leçons que Lucie !

Depuis ma dernière lettre, j’ai été fort occupé. J’ai visité deux cartographes pour vérifier leur travail, et j’ai fait un séjour au camp de base pour voir comment cela marchait là-bas et pour régler, sur place, différentes questions avec les autorité de Bukavu.
Il y avait surtout la question du camp de base, dont la construction n’avançait pas. Le chef d’escorte n’est pas un as … je l’ai secoué un peu. Sa maison d’habitation est terminée et est, en même temps, le magasin pour tout le matériel, les vivres etc.. . Il reste à construire un magasin en pisé et des logements convenables pour les soldats de l’escorte.

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Lettre 23




Shangugu, 23/08/29

                        Mon bien cher papa,

Ta carte du 3/7 qui m’annonçait la bonne nouvelle de l’heureuse naissance de Marie-Monique m’a causé – faut-il le dire – une grande joie. Quel bonheur pour vous que cette naissance, surtout pour Marie et Ferdinand, pour mummy et toi-même ; elle vient vous consoler de la longue série d’épreuves du début de cette année. Dieu veuille qu’elle soit un des premiers d’une longue série d’événements heureux.

La lettre de Nite et son mot du 8 me sont parvenus par le même courrier. L’examen de Nite est un succès. Pour en admettre que 3 sur 10 à passer d’emblée, les examinateurs ne devaient pas être très « coulants » – puis, pour un premier examen, l’appréhension, le manque d’habitude, aussi la nouveauté des matières que l’on a dû assimiler ne doit pas laisser le malheureux étudiant en possession de tous ses moyens ! Le premier pas franchi avec succès, Nite aura certainement plus d’assurance et le fait d’être passé sans accroc lui sera un bon encouragement pour la seconde année.

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La rue Pierreuse est une des plus vieilles rues de Liège. Début 18ème, elle constituait le point de départ de la route vers Tongres.
Elle commence rue du Palais et monte vers la Citadelle.
Quartier populaire, il est aujourd’hui investi par les écolos et bobos.
La photo ci-dessus date de 1925.

voir : http://users.belgacom.net/claude.warzee/pierreuse/index.htm

Sake est sur le territoire de Masisi au nord-Kivu à l’extrémité nord-est du lac Kivu.
Suite aux coulées de lave des volcans proches Nyamuragira et Nyiragongo, un petit lac s’est formé ainsi qu’une baie de 40 km2 qui n’est plus reliée au lac Kivu que par un canal de 160 mètres.
Depuis 1990, Sake a subi successivement l’afflux de réfugiés rwandais, la fuite des résidents de Goma lors de l’éruption du Nyiragongo en 2002 et des conflits armés depuis 2006 provoquant régulièrement des déplacements massifs de populations et réfugiés
Une brigade d’intervention de l’ONU y stationne depuis 2013.
En 2019, Sake a été atteint par le virus Ebola.